Les deux artistes avaient hâte de présenter le spectacle « Accro » au Saguenay, d'autant que leur rendez-vous à l'Opéra a fait l'objet d'un report doublé d'un déménagement. Ce qui a été perdu côté décor a été largement compensé par la chaleur dégagée par les 130 personnes qui, à quelques unités près, occupaient tous les sièges disponibles.
Philippe Berghella était ému de se produire dans sa ville d'origine, devant plusieurs visages familiers. Dans le même esprit, il a apprécié sa visite imprévue dans les corridors du collège, quelques heures plus tôt, poussant même une pointe dans l'Auditorium Dufour aujourd'hui condamné. « Quel gaspillage! Qu'on signe des pétitions! C'est un joyau qui attend d'être utilisé », a-t-il commenté.
La musique, maintenant. Elle fut éclectique, ce qui constitue l'un des avantages inhérents aux duos. Cindy Daniel est portée sur les ballades, par exemple. C'est un genre qui lui va bien, ainsi que l'a démontré « Quand tu ne m'aimeras plus », un titre chanté avec juste ce qu'il fallait d'intensité pendant que Guillaume Rivard (piano) et Jean-Michel Bérubé tricotaient une jolie mélodie.
Elle a aussi proposé « Dans le vent », offerte pour la première fois en spectacle. L'intro nerveuse, bien servie par les accents graves du piano, a généré une belle intensité. Cindy Daniel a surfé sur cet air entraînant, témoignant ainsi de sa versatilité.
De son côté, Philippe Berghella a fait honneur à son premier album solo, « Vivre », dont la promotion a été limitée en raison de sa participation à la comédie musicale « Sherazade ». Il y a pourtant des perles sur cet encodé, dont « Donnez-moi du rhum », une pièce enjouée qui laisse filtrer des accents hispanisants. Plus dramatique, la chanson « Je suis revenu » exprime éloquemment la tristesse d'un homme qui sent le tapis lui glisser sous les pieds.
Cash, Dylan et Brel
Plusieurs surprises ont pimenté la soirée. L'une des plus agréables fut l'hommage rendu à Johnny Cash grâce à une version tonique de « Ring Of Fire », gracieuseté de Philippe Berghella. Tout naturellement, Cindy Daniel a fait une June Carter d'elle en rejoignant son homme pour entonner « It Ain't Me, Babe ». Est-ce parce qu'il s'agit d'un classique de Bob Dylan? Toujours est-il que sa voix empruntait des tonalités à la Joan Baez qui étaient fort charmantes.
Elle a également provoqué des « Oh! » bien sentis en s'attaquant à « Une promesse », une ballade country écrite par André Lejeune il y a près de 50 ans. Le premier prix de l'étonnement revient toutefois à son partenaire, qui a ouvert la seconde partie du spectacle tout seul, en s'accompagnant à l'aide d'une guitare débranchée.
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