RTA: Les projets restent sur la glace au Québec

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RTA: Les projets restent sur la glace au Québec

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Un aperçu de la future usine AP50 du Complexe Jonquière de Rio Tinto Alcan.

Courtoisie

Maxime Bergeron
La Presse

(MONTRÉAL) L'investissement de 19,5 milliards de dollars américains de Chinalco dans le capital de Rio Tinto ne fera pas redémarrer demain matin les projets mis sur la glace au Québec et en Colombie-Britannique, mais cette bouffée d'oxygène pourrait permettre de les relancer un peu plus tôt que prévu.

C'est ce qu'a affirmé hier Tom Albanese, chef de la direction du groupe anglo-australien, dont la division aluminium Rio Tinto Alcan (RTA) possède plusieurs usines au Canada. «Je dirais que la transaction avec Chinalco nous donnera la flexibilité financière de répondre à cela plus vite que si la transaction n'avait pas eu lieu», a-t-il déclaré pendant une conférence téléphonique.

 

RTA a lancé il y a quelques semaines un vaste programme de réduction de ses coûts de fonctionnement. Le groupe fermera son usine de Beauharnois et réduira la production dans certaines installations au Saguenay, en plus de freiner son mégaprojet d'usine-pilote AP50 une technologie d'électrolyse révolutionnaire à Jonquière. Des centaines d'emplois ont été supprimés jusqu'à maintenant au Québec.

Les investissements de RTA au Canada ne reprendront pas tant que les cours de l'aluminium resteront déprimés, a averti M. Albanese. Mais la bouée de sauvetage lancée par la chinoise Chinalco, qui détiendra jusqu'à 18% des actions de Rio Tinto, rendra sans aucun doute la reprise des projets plus facile, a-t-il laissé entendre.

Inquiétudes

L'anglo-australienne Rio Tinto, propriétaire de la québécoise Alcan depuis 2007, mise sur l'injection de fonds de Chinalco pour alléger son imposante dette de 38,7 milliardsUS, devenue étouffante.

Si les autorités réglementaires approuvent la transaction, Chinalco investira 12,3 milliardsUS dans diverses coentreprises avec Rio Tinto, en plus de mettre 7,2 milliardsUS dans des obligations convertibles. Les coentreprises seront établies dans les secteurs du minerai de fer, du cuivre et de l'aluminium. Aucune ne sera située au Canada.

En clair, cela veut dire que les gens de Chinalco ne pourront venir mettre leur nez dans les centres de recherche de RTA au Québec, où des technologies de pointe sont développées, si l'on se fie au porte-parole de l'entreprise Stefano Bertolli. «Ce n'est pas un échange technologique. Même dans les installations conjointes (ailleurs dans le monde), il n'y en aura pas. On demeure propriétaire de ces technologies-là».

Reste que la nouvelle a soulevé de vives inquiétudes hier au Saguenay, où RTA emploie 5500 personnes et fait travailler des milliers de sous-traitants.

Sylvain Gaudreault, député péquiste de Jonquière et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie, craint justement que Chinalco tente de s'approprier la technologie AP50 pour ensuite l'implanter dans des usines en Chine. «Ça m'apparaît inquiétant.»

Alain Gagnon, président du syndicat de l'aluminium d'Arvida, redoute pour sa part la présence grandissante de Chinalco, qui aura deux nouveaux membres au conseil d'administration de Rio Tinto en plus de sa participation de 18%.

«On se trouvait loin des centres de décision avec Londres, bien là on va se retrouver avec du monde de Chinalco qui sont encore plus loin», a-t-il dénoncé.

Le ministre du Développement, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, a refusé d'accorder une entrevue à La Presse Affaires hier en raison de son horaire. L'injection de 19,5 milliardsUS par Chinalco semble loin de l'inquiéter, selon son attachée de presse Anne-Sophie Desmeules.

«À la lumière de ce qu'on comprend des propos de M. Albanese, la transaction va pouvoir leur permettre de reprendre leurs investissements dans leurs installations ici au Québec, comme ils en ont le projet, plus rapidement que si la transaction n'avait pas eu lieu, et ce, dès que le marché va reprendre», a-t-elle dit.

Prix trop bas?

Rio Tinto a annoncé récemment 14 000 licenciements et une baisse drastique de ses dépenses en capital dans le monde dans le but de retrancher 10 milliards à sa dette cette année. L'entreprise a désespérément besoin de liquidités, mais Paul Skinner, le président, se défend d'avoir bradé des parts à Chinalco alors que le marché de l'aluminium est à son plus bas.

«Nous sommes dans le bas du cycle, mais la valeur que nous avons obtenue pour ces actifs est loin de se situer au niveau d'un creux de cycle», a déclaré M. Skinner hier pendant une conférence de presse tenue à Londres.

Certains s'attendent maintenant à ce que le géant BHP Billiton réplique avec une contre-offre pour mettre la main sur des actifs de Rio Tinto. Le groupe a déjà fait une offre hostile de 66 milliards l'an dernier, refusée par Rio Tinto.

 

 

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