À l'aube de ses 80 ans, l'homme est toujours solide, au physique comme au moral. Même s'ils ont blanchi, sa barbe et ses cheveux longs lui donnent toujours une allure christique. Il aurait bricolé le saint suaire dans son atelier qu'on ne serait pas autrement surpris.
D'une courtoisie infinie, allant jusqu'à inviter deux étudiantes du Cégep de Jonquière à filmer l'entrevue même si elles n'avaient pas pris rendez-vous, Armand Vaillancourt répond aux questions à sa manière, qui est unique. Il ne reste pas longtemps sur le sujet, laissant son esprit vagabonder à la manière d'un musicien de jazz.
On se dit qu'il a perdu le fil, mais ce n'est pas vrai. Au détour d'une phrase, le voici qui reprend son vieux tricot, ajoute quelques mailles avant de décrocher à nouveau. Et ainsi de suite pendant 90 minutes, le temps qu'a duré l'entretien avec ce personnage hors série.
Le combat évoqué au début de cet article, c'est celui d'un artiste et d'un citoyen que personne ne saurait contraindre. L'exposition évoque ainsi l'une de ses oeuvres de jeunesse, «L'arbre de la rue Durocher», sculpté à Montréal en 1953. «Il y avait encore un peu de vie à l'intérieur, mais je savais que la ville s'apprêtait à le couper. J'ai donc pris un échelle et j'en ai fait une sculpture. Il n'y avait pas de lois, à ce moment-là, sinon je n'aurais jamais pu le faire. Ça a été le premier symposium international», décrit l'artiste d'un ton enjoué.
Ce qui le pousse à créer des oeuvres, c'est la même pulsion qu'au temps de sa jeunesse. «Si j'ai fait cette porte, dit-il en désignant une pièce de bois laissant voir de profonds sillons verticaux, c'est parce qu'il y a une force intérieure. J'ai beaucoup labouré quand j'étais ti-cul. Nous avions 600 acres de terre. Ça, c'est comme des labours.»
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