«Nous voulons être entendus par un tribunal neutre, nous ne sommes pas devant un tribunal ecclésiastique», s'est plaint Me Luc Alarie, l'avocat du MLQ qui a formulé sa requête préliminaire à toute autre considération.
La juge a demandé l'opinion de l'avocate de Saguenay, Me Isabelle Racine, qui a laissé cette décision «à la discrétion du tribunal».
Quelques minutes de suspension ont été décrétées et la juge, accompagnée de deux assesseurs, est revenue ordonné à une greffière de la Cour du Québec d'enlever le crucifix, ce qu'elle a immédiatement fait.
Après cette ordonnance, la juge a cependant déclaré qu'on ne doit pas préjuger de sa décision sur la présente cause.
La juge Pauzé entend une requête du MLQ demandant aux membres du conseil municipal de Saguenay d'abandonner la pratique de la récitation de la prière avant les assemblées publiques, de retirer une statuette du Sacré-Coeur de la salle de l'ancien hôtel de ville de Chicoutimi et un crucifix sculpté par Victor Dallaire de celle de La Baie. Le MLQ réclame aussi des dommages punitifs de 50 000 $ et des frais d'avocats de 50 000 $ pour avoir préparé la cause.
Le MLQ se porte à la défense d'un citoyen de Saguenay, Alain Simoneau, qui allègue que la municipalité et son maire Jean Tremblay ont porté atteinte à sa liberté de religion et de conscience en récitant une prière et en faisant des signes de croix dans un décorum religieux avant les séances du conseil municipal, portant ainsi atteinte à ses droits protégés par la Charte des droits et libertés de la personne. Il allègue aussi qu'on a porté atteinte à sa dignité et à son droit à l'information sans distinction ou exclusion fondée sur la religion. Ne voulant pas assister à une prière, il se voit dans l'obligation d'attendre qu'elle soit terminée avant d'entrer au conseil municipal.
M. Simoneau et le maire Tremblay témoigneront aujourd'hui. Une autre journée d'audition est fixée jeudi pour des témoignages additionnels, tandis que des rapports d'experts seront présentés à une autre étape plus tard ce printemps, avec les plaidoiries des avocats.
Greffier
Hier, le MLQ a assigné le greffier de la municipalité, Me Pierre Brassard, avec les procès-verbaux des décisions du conseil municipal sur la prière. Le 3 novembre dernier, Saguenay a adopté à l'unanimité une résolution avec des règles précises, dans l'espoir de rallier les opposants à la prière. Elle a été réécrite et doit être récitée deux minutes avant l'heure fixée pour le début de l'assemblée. Selon cette procédure, le conseil municipal se lève et récite une prière dans la salle. Certains font leur signe de croix. Il y a une pause de deux minutes, puis on procède aux affaires de la municipalité.
Me Alarie s'est intéressé à l'atmosphère de la salle. Selon le témoin, il y a quelques citoyens présents. Personne ne leur demande de se lever ou de faire une prière. Certains restent assis. Tous les journalistes présents demeurent assis.
D'après une recherche qu'il a faite dans les archives, Saguenay est le résultat de plusieurs vagues de fusions de villages, paroisses et municipalités où existait la tradition de la prière avant les assemblées. Depuis 1925, on voit des prières en page frontispice de procès verbaux ou en résolutions. On en a retrouvé dans tous les villes et villages pionniers de Saguenay, sauf au village de Saint-Jean-Eudes. Plusieurs villages portent incidemment des noms de saints : ceux de Sainte-Anne, de Saint-Dominique de Jonquière...
Personne ne peut expliquer l'arrivée de la statuette du Sacré-Coeur ou le crucifix de La Baie.











