Lise Trottier et son frère Yvon ont été soutenus par leurs proches tout au long du processus judiciaire. À la suite du jugement, ils ne pouvaient cacher leur joie.
Le Quotidien, Claudine Girard
La juge Johanne Roy, de la Cour du Québec, a reconnu coupable hier après-midi Gemma Angers, la mère de Lise Trottier, alias Élisa T., des 12 chefs d'accusation d'attentat à la pudeur et de voies de fait avec lésions qui pesaient contre elle.
Cette condamnation découle des plaintes déposées par les victimes du drame, Lise Trottier et son frère Yvon, plusieurs années après la commission des gestes reprochés à Gemma Angers et à son conjoint et beau-père des victimes, Joseph Bélanger. Ce dernier a d'ailleurs plaidé coupable à une série d'accusations toujours en lien avec les sévices infligés à l'enfant.
La juge Roy a déclaré que Mme Angers avait non seulement encouragé son conjoint Joseph Bélanger à battre violemment Lise et son frère Yvon Trottier, mais qu'elle les avait elle-même maltraités verbalement et physiquement.
Dès les premiers «coupables» prononcés par la juge, l'émotion était à son comble dans la salle du Palais de justice de Roberval hier après-midi. Impossible pour Lise Trottier de dissimuler ses larmes qui en disaient long sur le poids qu'elle tenait sur ses épaules depuis plusieurs dizaines d'années.
Quant à Gemma Angers, elle semblait essuyer quelques larmes sur les coins des yeux, mais elle n'avait aucun trémolo dans la voix lorsqu'elle donné sa nouvelle adresse à la Cour.
Histoire d'horreur
Dans un long jugement prononcé hier devant la famille Trottier, aujourd'hui divisée par cette poursuite, la juge Johanne Roy a retracé les grandes lignes de cette sordide histoire, qui n'est pas sans rappeler celle d'Aurore l'enfant martyre.
«L'attitude barbare de la mère, dont l'imagination n'avait d'égale que les sentiments haineux manifestés à la victime, a engendré des traumatismes profonds que Lise Trottier a dû et continue toujours à surmonter. La fréquence et la nature des coups portés rendent cohérentes les blessures décrites par Mme Trottier comme autant de lèvres fendues, dents cassées, oreille déchirée lorsque la boucle a été arrachée, ecchymoses et séquelles diverses laissées par les différents coups», a affirmé la juge, faisant référence aux chefs d'accusation de voies de fait avec lésions corporelles.
Attentat à la pudeur
Gemma Angers a également été reconnue coupable d'attentat à la pudeur, infraction qui a été remplacée par l'agression sexuelle dans les années 80.
«Elle me donnait des coups de ''strape'' pour que je me déshabille devant mon frère. Mon frère voulait partir parce qu'il ne voulait pas me voir toute nue. Joseph riait, pis ça l'amusait, pis elle, elle en riait aussi», a rappelé la juge, en lisant une partie du témoignage de Lise Trottier.
Plusieurs autres pénibles épisodes ont été retracés par la juge, dont les habitudes de Mme Angers de tordre les seins de sa fille et de l'obliger à descendre son pantalon devant des étrangers pour se moquer du poil qui poussait au bas de son dos.
«Le climat haineux et d'humiliation créé par la mère autour de la victime rend cohérentes les déclarations de Lise Trottier. Les actes posés avaient davantage pour but de blesser la victime dans sa dignité que de viser des fins essentiellement sexuelles. Mais l'intention ou le mobile de celui qui pose le geste n'est qu'un des éléments à apprécier pour statuer qu'il s'agit d'un acte qui porte atteinte à l'intégrité sexuelle», a soutenu la juge.
Celle-ci a ordonné la préparation d'un rapport présententiel et a formellement interdit à la mère d'Élisa T. de quitter le district de Roberval.
Les sentences de Gemma Angers et Joseph Bélanger seront connues le 28 octobre prochain. Selon l'avocat de la défense, Me Claude Voyer, les peines pour voies de fait causant des lésions étaient d'environ deux ans à l'époque des événements qui, rappelons-le, s'échelonnent de 1957 à 1973.











