L'organisme Le Miens qui vient en aide aux personnes vivant avec le VIH/sida est logé anonymement dans un édifice du centre-ville de Chicoutimi, caractéristique qui traduit bien la réalité: la maladie infectieuse est toujours tabou.
Le Miens (Mouvement d'information, d'éducation et d'entraide dans la lutte contre le sida) est actif depuis bientôt 21 ans dans la région. En moyenne, l'organisme qui offre un support psycho-social aux personnes vivant avec le VIH/sida et à leurs proches en plus de faire de la prévention cumulent quelque 70 dossiers actifs par année. Depuis l'ouverture de l'organisation, qui opère aussi une maison d'hébergement de cinq lits, 321 personnes sont venues y chercher de l'aide.
La discrétion de l'endroit et des bénévoles qui y oeuvrent permet aux bénéficiaires d'avoir recours aux services en toute quiétude.
Effectivement, si, au fil des ans, la recherche a permis la découverte de médicaments qui prolongent l'espérance de vie des personnes malades, les préjugés, eux, demeurent les mêmes. «On a beau dire qu'on est en 2009, il y a encore beaucoup de préjugés», confirme Lise Savard, présidente du conseil d'administration de l'organisme Le Miens.
«Les choses n'ont presque pas évolué en près de 20 ans. Il y a tellement de fausses croyances encore. Des gens craignent toujours d'attraper la maladie par la salive. Plusieurs ont peur de donner une poignée de main ou ne veulent pas manger dans la même vaisselle qu'une personne atteinte», témoigne la bénévole qui oeuvre au sein de l'organisme depuis 17 ans.
En dehors de leurs proches, la majorité des personnes infectées cachent donc leur état. «Lorsque ça se sait, ça devient aussi difficile sur le marché du travail.»
Selon la dame, l'absence d'affiche identifiant l'organisme est nécessaire. «À notre ancien local, sur la rue Racine, j'ai déjà vu des gens s'installer dans un café pour observer qui entrait dans nos locaux. La chasse aux sorcières est encore très présente. Si nos locaux étaient identifiés, les gens ne viendraient pas. Ça les rassure.»
Par ailleurs, Lise Savard estime que médicalement parlant, les choses ont beaucoup évolué. «Il y a 17 ans, il y avait environ 10 décès par année. Aujourd'hui, il y en a beaucoup moins.»
Changements
Selon la bénévole, les groupes à risques ont aussi subi des changements au fil du temps. «Il y a plusieurs années, on voyait surtout des gens de la communauté gaie. Aujourd'hui, la maladie touche tout le monde. Peu importe l'âge ou le sexe.»
La dame en est convaincue, les jeunes se protègent moins qu'avant. «Le nombre d'infections transmises sexuellement (ITS) augmente d'année en année», soutient-elle. «Les gens ont tendance à croire que le sida se guérit. Il y a une pensée magique.»
L'organisme Le Miens fait d'ailleurs de la prévention son cheval de bataille. Chaque année, les étudiants des écoles secondaires de la région, de même que le milieu carcéral et les toxicomanes reçoivent la visite des intervenants. Les activités de sensibilisation se sont d'ailleurs intensifiées dans le cadre de la Journée mondiale du sida.
Selon Mme Savard, la prévention est la seule arme contre la maladie.










