Menaces
Faisant l'éloge d'une certaine radio qui n'a pas été dans le sens de son discours, Patrick Bourgeois, le grand patriote sur qui pèse maintenant le fardeau de sa propre option politique, ne s'est pas privé de donner sur les ondes sa propre méthode pour régler, en moins de deux, le compte de ceux qui ne pensent pas et ne disent pas comme lui.
Une seule solution, selon lui: «Leur péter la gueule» ! Beau Québec libre en perspective! Faut-il s'inquiéter du fait que les deux principaux porteurs du drapeau de l'indépendance du Québec, Gilles Duceppe et Pauline Marois, ne se soient pas énergiquement distanciés de ce dérapage verbal et des menaces de violences qui l'ont accompagné? Et qu'en est-il de ceux qui n'y sont pas? J'entends par là les nationalistes respectables et respectueux de la démocratie (la majorité qui partage cette option légitime). Ceux et celles du bon peuple qui, comme moi, auraient bien aimé qu'on ressorte du placard les grands non-dits et les grands mensonges de notre histoire nationale récupérée à toutes les sauces idéologiques.
J'entends encore cette majorité silencieuse qui a laissé les autres parler en son nom et qui aurait bien aimé comprendre comment les Canadiens français ont fini par en arriver là, au terme d'un simple affrontement militaire d'une quinzaine de minutes.
La Guadeloupe
Est-ce que l'Histoire aurait été plus clémente pour nous, Québécois de toutes allégeances et de toutes les origines? N'aurait-il pas été intéressant de débattre, entre gens matures et respectueux des idées, de la réalité qui aurait été nôtre si la France avait vaincu l'Angleterre il y a 250 ans cette année?
Comment se sentiraient les Québécois, aujourd'hui, si la France avait réussi à faire du Québec ce qu'elle vient de réussir avec la Guadeloupe, cette colonie anachronique déguisée en «territoire d'outre-mer» (sic).
Les grands perdants
C'est la médiocrité qui gagné sur le nombre et c'est le mouvement pour l'indépendance du Québec qui a perdu de sa crédibilité.
Pour dire plus juste, les grands perdants dans ce débat, ce sont ceux qui n'y verront pas plus clair au terme de cet affrontement, où le pathétique des uns et la mollesse des autres l'ont vitement remporté sur la noblesse des idées.
Pour dire court et bien, les grands perdants ce sont tous les Québécois, indépendantistes comme fédéralistes, Canadiens français comme Canadiens anglais, autochtones comme allochtones, en fait, tous ceux et celles qui ont contribué à construire le Québec actuel depuis 1759. Ce sont eux qui se sont fait voler la commémoration d'un événement qui leur revenait de plein droit.
R. Aurore Bouchard,
Chicoutimi.









