Je viens de prendre connaissance de votre dernière chronique dans le Progrès-Dimanche...
Vous dites avoir peur que les rectifications orthographiques portent «atteinte à une langue dont la richesse repose sur ses particularités». Mais, madame, toutes les langues du monde sont riches de leurs particularités!
Je vous assure, cependant, que les rectifications orthographiques ne changeront pas grand-chose à notre orthographe, dont la caractéristique principale est d'être inutilement compliquée.
Changements substantiels
Vous savez qu'elle est à la fois phonétique, il le faut bien; étymologique, rappelant les origines latines ou grecques; et grammaticale, identifiant les rapports entre les mots.
Confusion
Un peu de logique dans tout cela ne ferait pas de tort, mais ce n'est pas demain la veille qu'on verra des changements substantiels. La tradition est si forte qu'il ne se fait jamais rien. Il y une dizaine d'années, on avait annoncé que le français devait devenir la langue officielle du Marché commun européen. On l'avait préféré à l'anglais, disait-on, parce qu'elle était la langue seconde la plus parlée en Europe. À ce sujet, on se donnait cinq ans pour en modifier l'orthographe. Tout cela est resté lettre morte.
Dans ces rectifications orthographiques, la montagne a accouché d'une souris. Je suis l'auteur d'un logiciel d'enseignement de l'orthographe, qui s'appelle le Dictaire, employé dans quelques cégeps de la région. Comme par hasard, je viens tout juste de terminer la révision de 36 dictées programmées pour y intégrer lesdites rectifications. Je m'attendais à ce que la plupart des textes soient dénaturés, mais c'est vraiment loin d'être le cas. Le plus spectaculaire, c'est la disparition de l'accent circonflexe, que l'on ne conserve maintenant qu'en cas de confusion (exemple: dû et du). Je ne peux qu'applaudir à cette disparition, d'autant que nos claviers d'ordinateur nous imposent une touche de plus. À part de cela, on ne voit presque rien de changer.
Je suis d'accord avec vous sur un point. Pour vous et moi, c'est un peu triste d'avoir passé sa vie à apprendre tous les caprices de cette langue pour se faire dire que ç'a n'a plus d'importance. Consolons-nous, les rectifications orthographiques n'annulent pas l'orthographe traditionnelle.
La vérité toute nue!
Je ne veux pas prendre trop de votre temps, mais je voudrais ajouter une autre opinion personnelle...
Dans notre beau Québec, quand on parle du français, on ne parle que de l'orthographe. D'abord, c'est faux que les gens âgés connaissent si bien leur français. Autrefois, on apprenait ci, on apprenait ça. La vérité toute nue, c'est qu'on a cessé d'enseigner la grammaire aux enfants en 1968. On a commencé à leur enseigner des trucs et à les mêler encore plus avec les homophones.
On a jeté le latin à la poubelle. Il ne faut pas le crier trop fort, mais un grand nombre de professeurs ne sauraient pas faire une petite analyse grammaticale de 10 mots.
Les efforts actuels du ministère pour l'enseignement de la grammaire doivent être appuyés par des gens cultivés comme vous. On doit réduire la tâche des professeurs de français pour qu'ils aient le temps de mettre la lecture de textes littéraires et l'écriture de compositions de toutes sortes au premier plan de leur travail.
Gérard Côté
Jonquière








