Le malheur des riches

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Gilbert Dominique      ... (Le Quotidien, Archives)

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Gilbert Dominique

Le Quotidien, Archives

 

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Le Quotidien

Je suis sidéré d'apprendre que la facture de Mashteuiatsh, dans le cadre des négociations avec Ottawa et Québec, gonfle de 800 000$ par année pour atteindre, aujourd'hui, 13 millions$. On ne peut pas dire que le chef Gilbert Dominique se mouche avec des pelures d'oignon et qu'il a besoin de découper les spéciaux du jour dans le circulaire pour faire son épicerie! «On ne s'est pas mis de limites, dit-il avec la plus belle des assurances. L'argent est prêté par le gouvernement fédéral, car une communauté n'aurait pas les moyens de se payer de bons négociateurs, une équipe terrain, des experts et des avocats.»

Qu'il perde ou qu'il gagne ses causes, traité ou pas traité, ce n'est pas Mashteuiatsh qui va payer la note. Belle justice! Cette seule déclaration devrait apaiser la crainte du maire de Saguenay, Jean Trembklay, qui «continue de croire qu'un traité contribuera à créer une forme d'inégalité dans la population».

 

Facture

Voilà qui a au moins le mérite d'être clair! Si le chef Gilbert Dominique a besoin d'une pelle en or pour creuser sa différence, qu'il entend sacraliser dans un traité blindé, il n'a qu'à demander. Le fédéral mettra le tout sur l'ardoise et il n'aura plus qu'à attendre la signature du traité qu'il réclame pour remettre le compteur à zéro. Et ce n'est là, la facture, que pour la seule communauté de Mashteuiatsh! Combien pour Essipit? Pour Nutashquan? Pour les autres?

Et que dire, maintenant, des Métis, cet autre groupe autochtone qui se bat bec et ongles depuis quatre ans, sans un sou, pour simplement obtenir le respect qui lui est dû en tant que peuple autochtone reconnu par la Constitution canadienne?

Que faut-il penser d'une telle déclaration publique, d'un tel aveu du chef Dominique? Quand on sait que les Ilnutsh de Mashteuiatsh ont demandé d'être inscrits dans la cause des Métis alors qu'il leur refuse le simple droit d'être noté dans le futur traité, et qu'il sait qu'il n'a pas à s'inquiéter de la facture!

Inégalité des droits

Quand on sait que le gouvernement du Québec a déjà investi plus d'un million de dollars auprès des avocats qui les représentent pour nier le droit même à l'existence des Métis!

Quand on sait que les 22 spécialistes et les firmes d'avocats engagés par le gouvernement du Québec pour soutenir sa cause de déni à l'endroit du Peuple métis, sont tous payés selon les protocoles de l'administration publique et honorés de leurs dépenses par l'État!

Quand on sait que les Métis n'ont pas de quoi payer un seul spécialiste pour s'opposer à une telle machination, qui vise à la dépossession de leur titre autochtone et à l'extinction de leurs droits!

Quand on sait que la lutte juridique qui oppose les Métis au gouvernement du Québec et aujourd'hui aux Ilnutsh de Mashteuiatsh confirme le principe de l'inégalité des droits et des chances en matière autochtone dans l'espace québécois et dans l'esprit des chefs Ilnutsh!

Gémissements

Cela dit, la sagesse de mon début de soixantaine aidant, je me garderai donc de qualifier les gémissements du chef de Mashteuiatsh, eu égard à ses petits malheurs qui ressemblent à ceux des gens riches! Mais, je me permettrai de lui rappeler que, dans son jugement du 19 août 2009, concernant sa propre requête de venir faire obstruction à la cause des Métis, le juge Roger Banford a tenu à préciser, article 33, que: «La démarche des Premières nations est d'abord dictée par un intérêt personnel de chaque groupe [Ilnutsh inscrit au rôle], à savoir: éviter de partager avec un autre groupe autochtone [en l'occurrence les Métis], des droits ancestraux constitutionnellement reconnus sur un territoire revendiqué».

Quand on n'a pas à s'inquiéter de la facture à acquitter, faut-il maintenant s'étonner du fait que les Ilnutsh aient décidé d'aller en appel de ce jugement qui lui est défavorable, et qu'ils réclament au plus sacrant la signature du Traité tant dénoncé par les Métis et par l'ensemble de la communauté saguenéenne?

Russel-A. Bouchard

Chicoutimi

 

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