L'oeuvre du défunt Ghislain Bouchard a ébloui tout le Québec par son originalité, son contenu historique et ses effets spéciaux. Tout ça à La Baie, au SaguenayLac-Saint-Jean, de quoi flatter un ego déjà sans complexe! Vingt-deux ans plus tard, nous n'en sommes plus là, malheureusement. La salle du Théâtre du Palais municipal, très appropriée pour ce genre de spectacle, s'est vidée à vue d'oeil au cours des trois dernières années, au point où il n'y a plus rien de fabuleux ou presque.
La question
S'en suivent donc des difficultés financières certes, mais encore bien plus, un questionnement sur l'avenir de ce spectacle, sa pertinence et ses chances de survie. Le Quotidien, sous la plume de Louis Tremblay, a décrit avec précision la situation du Théâtre du Palais municipal dans son édition de mercredi. L'achalandage a diminué de façon telle qu'un déficit accumulé dans les six chiffres s'est créé! La logique du gestionnaire, si elle était appliquée aveuglément, condamnerait à la disparition des grands spectacles à La Baie.
Mais cette logique-là est dépourvue de nuance dans le présent cas. L'Aventure d'un Flo n'attire plus 50 000 personnes, mais tout de même au-delà de 17 000, ce qui représente des retombées de 6,4 millions$ selon les barèmes des autorités officielles. C'est que la très grande majorité des spectateurs vient de l'extérieur de la région et dépense chez nous.
La question, donc, dans une région qui se cherche en matière de tourisme: avons-nous le moyen de laisser tomber ces 6,4 millions$? Si oui, comment allons-nous compenser? Si non, quel prix sommes-nous prêts à payer? Par exemple, à 150 000$ de renflouement par année, serait-ce trop cher?
Ici, nous traitons de tourisme, une industrie dont l'aide en provenance du secteur public est indispensable et incontournable. Personne ne se pose de question, en visitant le Musée des civilisations de Québec, ou encore le Biodôme de Montréal, quant à la rentabilité de ces équipements. Par exemple, est-ce que vous vous demandez s'il y a assez d'entrées dans ces institutions pour justifier leur existence? C'est vrai que toute comparaison est odieuse, mais le spectacle présenté à La Baie joue aussi le rôle de produit d'appel au Saguenay.
Dans sa réflexion, le nouveau président de la Corporation du Théâtre du Palais municipal, Jean-Eudes Tremblay, devra chercher à comprendre ce qui a bien pu se produire pour que la popularité chute aussi dramatiquement. Il détient déjà des indicateurs, tels le 400e de Québec et la gratuité de ses spectacles, la mise sur pied de spectacles à grand déploiement dans d'autres régions du Québec et l'accueil mitigé de la troisième mouture.
La tête froide
Il faut aussi souhaiter au président qu'on laisse la chance aux coureurs en évitant de vouloir politiser le dossier, compte tenu d'une certaine méfiance à l'égard de l'administration municipale. Également, est-il nécessaire d'en faire la précision, la situation du Théâtre du Palais municipal ne peut être associée à celle du Théâtre du Saguenay, plongée en pleine crise sur fond d'enquête policière et de démissions.
Dans un climat serein, exempt de lutte de pouvoir et de l'esprit sulfureux d'une certaine politique, peut-être surgira-t-il une idée de génie qui fera revenir la magie dans cette grande enceinte qui nous a donné de grands moments de bonheur. Après tout, nous sommes dans le siècle de la société de loisirs et de divertissement, ce qui est tout de même encourageant pour la suite des choses!









