Voltaire saguenéen

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Russel Bouchard qui fait éclater sa colère dans Le Quotidien contre la mairie de Saguenay après avoir repris, le temps d'une indignation, son identité masculine. C'est Voltaire, son idole, qui revit dans l'esprit de ce personnage unique pour dénoncer la mort lente et silencieuse infligée à la Société historique du Saguenay.

Cet incident survient juste au moment où je termine la lecture passionnante de «Vie de Voltaire», la dernière biographie d'un style bien personnel écrite par Max Gallo. Cet écrivain étonnamment prolifique, qui a pratiqué le journalisme et fait de l'action politique, a capté l'intérêt de millions de lecteurs en racontant le cheminement de grands personnages (César, Napoléon, De Gaulle, Hugo notamment).

 

Quelques arpents de neige...

Il a pénétré leur intimité à travers leur correspondance - celle de Voltaire comprend plus de 40 000 lettres - et les témoignages de contemporains. «Moi, j'écris pour agir» affirmait le plus célèbre, mais aussi fort controversé, philosophe des temps modernes.

Au Québec, on se souvient surtout de sa boutade sur le combat inutile livré par la France, avant la conquête, «... pour quelques arpents de neige». Mais Voltaire se défendait bien d'avoir ainsi méprisé l'importance de la Nouvelle-France. Au Canadien Raymond Paradis, qui lui reprochait sa méconnaissance de nos richesses naturelles composées d'immenses forêts, de mines et «d'eau à volonté», il répondit ne pas se souvenir avoir recommandé l'abandon du Canada.

Mais en convenant toutefois «que la guerre était perdue parce qu'on s'obstinait à la mener en dépit du bon sens...» Max Gallo ignore complètement la polémique des «quelques arpents...» Il ne mentionne le Canada qu'une seule fois (page 374) pour déplorer les défaites militaires des armées du roi.

«Au Canada, Montcalm est tué, le Québec et Montréal tombent aux mains des Anglais. En Inde, même échec, comme face aux Prussiens...» La France récupérera sa dignité 15 ans plus tard avec l'avènement de Napoléon.

Poète millionnaire

Voltaire était physiquement frileux. À chaque chapitre du livre de Gallo, il se plaint du froid. Véritable itinérant, il a fait des séjours prolongés dans des régions au climat sévère. Notamment à Ferney, près de la frontière suisse, où un hiver froid et dépourvu de soleil se prolonge jusqu'en mars. Il y séjourna durant une vingtaine d'années dans un château qui est devenu l'attraction touristique et un lieu de pèlerinage.

Russel-Aurore y fut accueillie comme l'incarnation de Voltaire, en septembre dernier, avec sa compagne Madeleine, par Lucien Choudin, le président de l'Association «Voltaire à Ferney».

Avec sa plume et sa parole, Voltaire a remué son temps et bousculé les moeurs. Les intégristes d'aujourd'hui tenteraient sûrement de le dilapider, car l'une de ses pièces a soulevé tout un tollé en représentant Mahomet comme un imposteur.

Un croyant anticlérical

Croyant en un Dieu unique «de tous les globes et de tous les êtres», il a toutefois toujours été perçu comme un anticlérical parce qu'il dénonçait l'intolérance basée sur le dogme religieux. Précisons qu'à cette époque marquée par la bataille des Plaines d'Abraham, l'odieuse Inquisition persistait sous le règne de Louis XV. Après les tortures complétées par l'assassinat, infligées publiquement à un jeune homme accusé de vandalisme sur un crucifix, Voltaire avait risqué sa tête en s'élevant contre la cruauté de l'autorité royale.

Voltaire a laissé une oeuvre monumentale. Issu d'une famille modeste, il avait fait fortune dans les affaires. Il fut l'hôte des grands de son époque, notamment du roi de Prusse Frédéric II, pays intégré plus tard à l'Allemagne. Il a régulièrement reçu à sa table plus d'une cinquantaine de convives, personnalités de tous les milieux.

Son plus grand mérite, c'est d'avoir contribué à la liberté d'expression et plaidé auprès des puissants la cause des plus démunis. Russel-Aurore Bouchard est sans doute très fière de son modèle.

 

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