Je tiens à répliquer à votre chronique parue dans Le Quotidien du 23 février dernier, où vous faites état d'une série d'évènements plus invraisemblables les uns que les autres, et qui de façon abrupte, se concluent par la faillite du projet l'Opéra et de son promoteur le Théâtre du Saguenay, cette institution culturelle renommée de «Chicoutimi-la-fière», depuis plus de 30 ans. L'échec est d'autant plus lamentable que ces organismes aient pu bénéficier de tant de privilèges et de soutiens inconditionnels de la part de nos dirigeants.
Soyons clair: le projet de rénovation de l'Auditorium Dufour et la construction de l'Opéra ne sont pas l'oeuvre «d'amateurs de culture» comme vous les identifiez, mais plutôt celle de «l'exécutif» de ces organismes (comme il est d'ailleurs la mode d'instaurer en «maître» chez nos dirigeants), flanqué d'administrateurs complaisants pour la plupart, car nommés en majorité selon un processus d'exception, c'est-à-dire par le conseil d'administration lui-même. C'est ainsi que depuis 2005, alors que le maire Jean Tremblay a imposé ses propres visions de développement culturel à la Coopérative du Théâtre du Saguenay, un vent de changement a complètement balayé la présence de ces «amateurs de culture» dans le cadre d'une assemblée générale «paquetée». Cette nouvelle gouvernance a mis en route le projet de rénovation de l'Auditorium Dufour, jamais soutenu par leurs prédécesseurs. Pire encore, on lance l'Opéra, déniant ainsi le rôle des salles voisines du Coté-Cour, du Palace, et même du rôle qu'aurait pu jouer d'autres salles opérées par des hôteliers privés déjà en activité dans ce secteur. Aux dernières heures de la démission en bloc des administrateurs, ce sont des individus représentant les intérêts du Cégep de Chicoutimi, du Théâtre du Palais Municipal de la Baie, de l'Office Municipal d'Habitation, et des professionnels au service de Saguenay qui y siègent en grande majorité, alors qu'une mince minorité «d'amateurs de culture» avaient été dûment nommés en assemblée générale...
Résultat
Le résultat est maintenant probant: l'Auditorium Dufour fermé pour des raisons obscures de sécurité, les fonds de Patrimoine Canada devant servir au projet de rénovation qui de toute évidence n'ont pas tous été utilisés, une enquête policière qui s'éternise et qui pourrait laisser finalement croire que tous les intervenants culturels sont suspectés, bref, le chaos. Si les «amateurs de culture» avaient été aux commandes de Théâtre du Saguenay à ces époques, rien de tel ne serait survenu. Modestement, et sobrement comme ils l'ont fait jusqu'en 2005, les dirigeants seraient encore à soutenir le véritable projet porteur culturellement, soit celui d'une salle majeure à Chicoutimi, la ville centre de Saguenay. Nier cette évidence fait en sorte de justifier nos élus de structurer et ériger des entreprise en périphérie, alors que notre ville manque désespérément de densité. Ce n'est pas Chicoutimi-la-fière qui «rêvait» au cours de ces années de développements chaotiques, ce sont plutôt les périphéries qui «rêvaient» de la remplacer. Le jour où Chicoutimi cessera d'être identifiée comme ville-centre, et ce jour semble de plus en plus près de nous, la collectivité entière de Saguenay y perdra.
André Salesse,
Saguenay








