Une mission occidentale salutaire

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Le caporal Dany-Olivier Fortin est revenu d'Afghanistan dans un cercueil. Un beau jeune homme, amoureux, solide, droit dans sa tête et dans sa vie. Quel gâchis! Il était volontaire et sauvait des vies en désamorçant ces damnées mines. Il faisait son métier avec ferveur.

Chaque mort, en Afghanistan, est récupérée par les pacifistes. Pourtant, en allant là-bas, l'OTAN, avec la bénédiction tacite de l'ONU, a démantelé des camps d'entraînement de kamikazes prêts à exterminer les Infidèles pour retrouver, au Paradis, les 72 vierges promises par le Coran.

 

On ne saura jamais de quoi les sacrifices humains canadiens nous ont protégés. Mais, la meilleure défense ne reste-t-elle pas l'attaque?

Nos soldats mènent une mission légitime dans un pays pourri par l'opium, les guerres intestines et l'intégrisme religieux. Contre l'arbitraire meurtrier de seigneurs-gangsters, l'intégrisme des talibans était devenu un refuge pour les Afghans. Avec eux, les règles étaient claires. Rétrogrades, barbares, mais claires.

Guerre gagnée

Stephen Harper a admis qu'on ne gagnera pas cette guerre. Il a tort. On l'a déjà gagnée en faisant de la bande à ben Laden des morts-vivants désorganisés. Reste à trouver comment quitter ce pays sans sacrifier les civils qui ont cru au changement; il faut aussi savoir comment empêcher les talibans de réinstaurer les usines à kamikazes...

C'est en attendant la réponse à ces énigmes que le caporal Fortin est mort.

Si nos soldats meurent plus que les autres là-bas, blâmons-nous! À l'époque de la répartition par l'OTAN des rôles à jouer en Afghanistan, un Jean Chrétien usé et revanchard passait, malgré lui, le relais à un Paul Martin mollasson, plus préoccupé du champ de mines politique qu'il traversait que de ceux où périraient les soldats canadiens.

Le Canada a écopé de la pire zone et d'un ennemi insaisissable, qui retraite au Pakistan voisin, puis passe de nouveau à l'attaque. Si on n'endurait pas des politiciens sans envergure, si on s'intéressait un peu plus comme citoyen et comme média au reste de la planète, quitte à ne pas savoir quelle marque de bobettes porte l'entraîneur du Canadien, aurions-nous pu faire pression à temps, éviter l'hécatombe tout en faisant notre part dans cette mission occidentale salutaire? Aurions-nous pu injecter un peu de moelle épinière à nos chefs de gouvernement? Je m'en veux de ne pas m'être intéressée à la géographie afghane avant que nos gars en reviennent dans des boîtes en métal.

Erreur: l'Irak

Et si le Canada s'était joint à la France et à l'Allemagne, pour rabrouer ouvertement l'administration Bush qui mentait pour envahir l'Irak, délaissant l'Afghanistan et condamnant, ainsi, les autres pays à s'y embourber? Nos leaders ont jugé que nous n'étions pas prêts à payer le prix de ce courage. Les soldats morts passent mieux que les effets dévastateurs des bouderies américaines sur notre économie et sur les humeurs de l'électorat. C'est cynique, mais c'est comme ça.

Le concert de réprobation des alliés aurait-il infléchi l'opinion publique américaine? L'audace du Canada aurait-elle eu un effet d'entraînement? Les Américains, concentrés en Afghanistan, auraient-ils fait la différence? Nous ne le saurons jamais.

Nous avons raté l'occasion de lancer un signal au monde et à nos puissants voisins. Sur l'échiquier géopolitique, le Canada a choisi d'être un pion, alors qu'il pouvait devenir cavalier. Et aux échecs, les pions sont faits pour être sacrifiés.

Le Canadien!

Passons à ce qui nous préoccupe vraiment: le congédiement mesquin de l'entraîneur Guy Carbonneau, du Canadien de Montréal, avec 16 matches à jouer, un calendrier confortable et une fiche honnête.

Le hockey est un des seuls sports qui sacrifie si légèrement ses entraîneurs. Les équipes de soccer gardent le même coach des décennies. Au football, on congédie après la saison.

On ne peut plus échanger les joueurs de hockey passé le début de mars. Ces capricieux multimillionnaires, bien soudés à leur poste, dominent alors l'entraîneur, qui reste le seul membre éjectable de l'équipe. Simple à régler: qu'on donne la même protection aux entraîneurs qu'aux joueurs. À moins que ce business préfère se nourrir de psychodrames factices plutôt que de prouesses sportives...

Un ami m'a livré, l'autre jour, une réflexion suave: le tennis est un sport civilisé pratiqué par des civilisés; le baseball, un sport civilisé pratiqué par des sauvages; le football, un sport sauvage pratiqué par des civilisés; le hockey, un sport de primitifs pratiqué par des primitifs... Jusque dans son administration!

 

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