La grosse machine à broyer les hommes

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Lendemain de budget, question: «Monsieur le ministre, qu'y a-t-il dans ce budget pour aider votre région en crise?»

Réponse: «269 millions de dollars pour développer la route vers les monts Otish, et 65 millions$ pour soutenir l'industrie forestière.»

Question: «Est-ce que cela aidera les entrepreneurs à payer les termes mensuels de leur machinerie en attendant la reprise?»

 

Réponse: «On va les supporter.»

Pas pire, 65 millions$, me dis-je, si les entrepreneurs régionaux en touchent 25%, on pourra en sauver quelques-uns...

Quant à la route vers les monts Otish, ma calculatrice cérébrale s'emballe: 269 millions$, c'est autant que la part du provincial dans le doublement des voies du Parc des Laurentides... Et on a mis 20 ans à l'obtenir. Là, on ne l'a même pas demandée!

Quelques minutes plus tard, un expert en budget ramène les chiffres à leur juste mesure.

La réalité

Les 65 millions$ pour l'industrie forestière serviront à planter des arbres. Même s'ils se brisent le dos à un salaire minable, pour arpenter à pied des terres de Caïn décimées parmi les mouches et les ours, les entrepreneurs ne sauveront pas leurs biens. Les banques auront de belles débusqueuses à vendre après la crise.

Les 269 millions$ des monts Otish n'arriveront que dans quelques années. Ce sera 600 000$ sur les deux prochaines années pour arpentage et devis préliminaires... Des peanuts!

Pourquoi amorcer cette route, alors qu'on espère, depuis 20 ans, l'autoroute Alma-La Baie dans le fief du ministre Serge Simard, qui aurait pu pavoiser si ce dossier avait enfin débloqué?

Approche commune

À cause de l'Approche commune. Les gouvernements ont, à notre corps défendant, transformé les monts Otish en parc Innu dans l'entente de principe avec les Montagnais; un appendice en pointe de 3000 kilomètres carrés, situé 600 kilomètres au nord du Lac-Saint-Jean et qui regorge de diamants.

Alors que le gouvernement nous fait payer, à même le budget de base régional l'élargissement de la route du Parc des Laurentides et les minables avancées du lien Alma-La Baie, il amorce une route de 269 millions$ pour rallier un parc Innu, au profit de quelques centaines d'Amérindiens. Pour peu qu'on soit distrait, il spoliera notre enveloppe régionale pour le réaliser: le ministre commence à en vanter les retombées sur les entreprises de la région.

Le broyeur

La politique broie les hommes de bonne volonté. Serge Simard, avec son franc-parler, ses convictions, aurait dénoncé ce choix comme conseiller municipal. Mais, il est ministre. Alors, il répète la ligne qu'«on» lui a pondue et se sert des millions comme poudre aux yeux. Il a encore trois ans pour enclencher l'autoroute vers La Baie. Sa docilité le paiera quand poindront les élections.

S'il avait répondu: «Rien», à la question, il aurait déclenché un tollé de protestations, perdu son job. Nous-mêmes, aurions-nous rendu hommage à sa franchise ou l'aurions-nous lapidé?

Il y en a tellement, de ces hommes de bonne volonté qui ont été laminés par les impératifs politiques!

Santé

Le docteur Yves Bolduc avait courageusement écrit qu'il faut laisser la porte entrouverte au suicide assisté, quand le malade en phase terminale le souhaite. Maintenant ministre, alors qu'un mourant le supplie publiquement, il se rabat derrière des réflexions et comités éventuels aux échéanciers diffus... Le gouvernement ne veut pas de ce débat essentiel.

Son prédécesseur, Philippe Couillard, professe aujourd'hui qu'on ne sauvera pas le système public de santé sans l'ouvrir au privé. Ministre, il combattait l'idée; le gouvernement minoritaire ne voulait pas déclencher l'ire de la gauche.

Jacques Parizeau

Il faut souvent que la vie nous frotte à des tragédies pour en mesurer toute l'injustice. Jacques Parizeau avait signé une pétition réclamant que la loi du «no fault», de la SAAQ, soit amendée pour permettre des poursuites civiles contre les criminels du volant. Son beau-fils avait été gravement blessé par un prospère agriculteur ivre au volant de sa moissonneuse sur le chemin public. Arrivé au pouvoir, premier ministre, il n'a jamais touché à cette loi, de peur qu'on lui reproche de servir ses intérêts, même si cela n'aurait pas été rétroactif.

Marc Bellemare, ancien ministre de la Justice, a levé les feutres assez vite quand il a compris que, lui non plus, ne changerait rien, alors que, comme avocat, il avait abondamment dénoncé la SAAQ et la CSST.

Entrés en politique comme des chevaliers servants, ils deviennent serviles. Dans la défunte émission «Bunker», le blasé disait à l'idéaliste: «Tu ne changeras pas la politique, c'est elle qui va te changer». Serge Simard est dans le broyeur.

 

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