Il ne pouvait surtout pas échapper à ce destin maudit après le congédiement incompréhensible de l'entraîneur-chef, Guy Carbonneau.
Comment Bob Gainey, qui fut un si grand joueur à l'esprit lucide et au tempérament loyal, respectueux de la dualité culturelle canadienne, a-t-il pu se fourvoyer aussi grossièrement? Au lendemain de cette fin abrupte de la saison du centenaire, Réjean Tremblay écrivait: «Il a sacrifié un coach qui avait mené le Canadien à la première position de l'Association de l'est, l'an dernier, qui, le 17 janvier, complétait la meilleure première moitié de saison des 25 dernières années et qui, au moment de se faire congédier, venait de gagner cinq des sept derniers matchs de l'équipe.»
Le championnat de 1993
Nous pourrions presque nous en réjouir, en songeant à la disponibilité de celui qui demeure président de nos Sag. Mais, l'injustice dont il a été victime extirpe rapidement ce sursaut d'égoïsme. L'année centenaire du Canadien devait couvrir de gloire l'organisation et récompenser ses fidèles et trop ardents partisans par une 25e conquête de la Coupe Stanley.
La dernière fut remportée, en 1993, contre les Kings de Los Angeles, dirigés alors par l'immortel Wayne Gretzky.
On a cru, au cours des dernières décennies, qu'en lui appliquant le concept de la mondialisation, la Sainte-Flanelle retrouverait le chemin de la gloire. Désillusion! Le remplacement des francophones, si nombreux aux grands moments de l'histoire du Canadien, par des athlètes fort talentueux venus d'ailleurs, a plutôt produit des résultats désastreux. Faut-il les attribuer à la disparition du sentiment d'appartenance, que les gradués de la LHJMQ cultivent pourtant si fortement dans les équipes américaines et canadiennes qui font confiance à leur talent?
Georges Vézina, le seul absent
Le service du marketing avait bien préparé l'année du centenaire. D'illustres vedettes d'un passé récent furent honorées par le retrait de leur numéro, dorénavant fixé sur un chandail tricolore suspendu pour la postérité au plafond du Centre Bell.
Le 18, du populaire Serge Savard, le rapide défenseur qui mystifiait ses rivaux avec ses rapides pivotements avant de reprendre son élan. Puis, le 29, du plus intellectuel des cerbères, Ken Dryden. Le 19, de l'élégant quart-arrière Larry Robinson. Le 23, du rude guerrier Bob Gainey et, enfin, le 33, de Patrick Roy, dont la mémorable rébellion médiatisée contre Mario Tremblay, le Bleuet bionique, a modifié l'épopée moderne des Glorieux.
Injure et insulte
Les numéros des plus célèbres joueurs du Tricolore ornent le plafond du Centre Bell à l'exception du 1 de Georges Vézina, le «Concombre de Chicoutimi», qui figurait, toutefois, parmi les premiers élus au Temple de la Renommée.
Au lendemain de la cérémonie préparée en l'honneur de Patrick Roy, les porte-parole du Canadien et du Centre Bell proclamaient que les «trois plus grands gardiens des 60 dernières années chez le Canadien se retrouvent unis au plafond du Centre Bell, soit Jacques Plante (1), Ken Dryden (29) et Patrick Roy (33)».
Ils ont ajouté l'insulte à l'injure en cautionnant le classement des 100 meilleurs joueurs de l'histoire du Canadien, fait par Ken Campbell (Hockey News) dans son livre intitulé «Habs Heroes: «The greatest Canadiens ever from 1 to 100». Certes, Vézina y figure, mais en 23e place, tout juste après Guy Lapointe et Toe Blake et avant Jacques Laperrière.
Le quatuor de tête comprend Maurice Richard, Jean Béliveau, Doug Harvey et Guy Lafleur. Quant à Jacques Plante, il occupe la 6e place. Les trois autres cerbères placés avant Georges Vézina sont Patrick Roy, évidemment (8e), Ken Dryden (14e) et Bill Durnam (16e).
C'est bafouer la mémoire de celui dont le trophée décerné annuellement au meilleur gardien de but porte le nom!











