Trop près du coeur

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Trop près du coeur

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Il y a des mois que Johanne Durocher se bat pour que sa fille Nathalie Morin, 24 ans, retenue contre son gré par son mari en Arabie Saoudite avec ses trois enfants, puisse revenir au Canada.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

Catherine Delisle

J'essaie, vraiment, d'avoir de l'empathie pour Nathalie Morin, cette pauvre mère de trois enfants séquestrée en Arabie Saoudite. Je n'y arrive pas.

Est-il possible de tomber en amour sans perdre tout son génie, surtout lorsqu'on est jeune? C'est la question que je me pose quand j'entends sa mère, Johanne Durocher, au comble du désespoir, lancer des procédures judiciaires contre le gouvernement du Canada. Elle reproche à Ottawa de ne pas fournir une assistance immédiate à sa fille et à ses enfants.

 

Voilà l'histoire classique d'une jeune femme qui tombe en amour avec un étranger (c'est tellement plus glamour) et qui accepte de le suivre au bout du monde pour vivre pleinement sa passion. Un récit de conte de fées. Sauf qu'on n'est pas au cinéma. Il ne s'agit pas, non plus, de simples vacanciers à qui il arrive un pépin.

Sa mère a bien tenté de la raisonner, en vain. Nathalie a quitté quand même le Québec, il y a trois ans, avec son amoureux, Saeed Al-Shahrani. Aujourd'hui, elle est enfermée à double tour dans un appartement de Dammam, sur les rives du golfe Persique. Ce n'est pas précisément la lune de miel. Retenue contre son gré, elle nage maintenant en plein drame.

Un air de déjà-vu comme dans «Jamais sans ma fille». Ça devrait nous sonner tout un carillon... pas juste une cloche!

Dans le pétrin jusqu'au cou

Ah! J'oubliais. Le droit à l'erreur. Admettez que certaines fautes sont plus difficiles à régler que d'autres.

Nathalie fait amende honorable. Elle reconnaît qu'elle s'est mise, elle-même, dans l'embarras et qu'elle a accumulé les gaffes. Ses enfants, eux, sont innocents, insiste-t-elle. Ils auraient même des problèmes de santé et son conjoint négligerait de les faire soigner. Johanne Durocher ne sait plus à quel saint se vouer pour sortir sa fille de ce pays. En désespoir de cause, elle s'en prend au gouvernement canadien.

On fait quoi, maintenant? Selon toute apparence, les droits fondamentaux de Nathalie Morin sont niés. Sauf que ce ne sont pas nos lois qui s'appliquent, mais les lois saoudiennes. Or, on ne reconnaît pas l'égalité entre les sexes dans ce pays. Une femme mariée doit recevoir l'approbation de son mari pour quitter le pays et le père des enfants doit accepter de parrainer leur départ. On est loin de chez nous!

Combattons l'ignorance crasse

On vit à l'ère de l'information. La jeune mère ne peut plaider l'ignorance. À moins d'être une tête de linotte, on s'informe des lois en vigueur dans le pays où l'on souhaite émigrer. Si on abandonne un mode de vie pour un autre, on assume. N'est-ce pas ce qu'on apprend à nos enfants: agir en êtres responsables, avec lucidité et clairvoyance.

Quant à Johanne Durocher, qui se bat pour que sa fille revienne au Québec, qu'espère-t-elle du gouvernement du Canada? Qu'il s'immisce dans les affaires internes de l'Arabie Saoudite et l'oblige à respecter nos lois canadiennes? Un commando avec ça pour la sortir du pays?

Johanne Durocher a demandé à l'avocat, Julius Grey, de mettre le gouvernement en demeure de fournir une assistance à sa famille. Si Ottawa ne bouge pas, elle compte intenter une poursuite en dommages et intérêts. Qui va payer la facture? Les contribuables? Et ça va donner quoi?

Un beau cas de conflit familial, mais sur fond de lois saoudiennes et d'irresponsabilité individuelle. Allez démêler l'écheveau maintenant!

Morale de cette histoire

Cette histoire peut servir de leçon aux jeunes filles un peu trop audacieuses. La prudence s'impose, surtout dans une relation amoureuse qui n'est pas conventionnelle. Mon père avait l'habitude de dire qu'on devrait marier un gars ou une fille de sa rue puisqu'on sait à qui on a affaire.

Évidemment, c'était une image, mais qui en disait long. Avant de s'engager avec quelqu'un, essayons de voir plus loin que le bout de son nez. La jeunesse n'est pas synonyme de naïveté?

Si on traitait nos jeunes en adultes plutôt qu'en ados attardés. Peut-être adopteraient-ils enfin des comportements plus responsables.

 

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