Sa proposition aurait ressemblé au chant d'une sirène, si elle n'avait pas été enrobée d'humour. Venus nombreux l'entendre, gens d'affaires et politiciens, dont l'ancien maire Denis Lebel, devenu ministre du Développement régional pour Stephen Harper, l'ont sans doute ainsi perçue positivement. Ils ont chaleureusement applaudi leur invité.
Le maire de l'heure au Québec s'est montré pourtant assez provocant, en rappelant que Québec jouit virtuellement du plein emploi pendant que les activités forestières ont chuté de 30% chez nous. «Ça va mal... J'ai envie de dire au monde de venir travailler à Québec, en attendant.»
Avec son audace habituelle, il corrige à l'avance: «Je ne fais pas ça pour vous piquer vos travailleurs». Habile, séducteur, le premier magistrat de la Vieille capitale poursuit simplement sa tournée de promotion pour inciter tout le Québec à revenir, l'été prochain, faire la fête. «Et nous montrerons la direction du Lac-Saint-Jean, promet-il, à tous les touristes qui viendront voir le Moulin à images et le Cirque du soleil.»
Montréal envie Québec
Le maire Labeaume a la cote. Les Montréalais envient leur compatriote de Québec quand ils observent, impuissants, dans quel pétrin leur maire, Gérald Tremblay, semble s'être enfoncé.
«Le scandale a une ville», titrait La Presse, en page couverture, la semaine dernière. Et l'Éditorial, signé par Nathalie Collard, était ainsi coiffé: «Retirez-vous, M. Tremblay!». Il en faudra toutefois bien davantage pour que le maire de la métropole perde contenance. Tous les reproches et accusations coulent sur son bel habit toujours impeccable comme sur le dos d'un canard. Quelle belle image il faisait, dans Le Quotidien, quelques jours plus tard, pédalant dans les rues du centre-ville sur l'un des premiers vélos-service BIXI, fabriqués par la chicoutimienne Cycle de Vinci!
Rivalité
À travers les personnalités changeantes des maires, la rivalité Nordiques-Canadien ou Québec-Montréal reprend de plus belle. Le malheur, c'est qu'elle se fait aux dépens des régions comme la nôtre. Comment financera-t-on les spectacles «gratuits», très coûteux, qui serviront à attirer, dans ces deux grandes villes, des touristes que la crise rend extrêmement frileux? Le Trésor public, évidemment, ou ce qu'il en reste.
Le maire Labeaume a pris les devants. Débarrassé de la menace constante exercée par une radio-poubelle satanique, il rayonne. Au dernier «Tout le monde en parle», il triomphait devant une galerie conquise. Son imagination multiplie les projets extravagants, comme le retour des Nordiques. Et ses concitoyens l'appuient sans réserve. Il devient donc dangereux pour les régions en difficulté, qu'il a la tentation de dépouiller davantage, selon une tradition secrète bien ancrée chez les leaders de la Vieille capitale.
La foi sans les oeuvres
J'exagère? Rappelez-vous que des forces occultes dans l'appareil gouvernemental ont tenté de fermer les super spécialités de notre réseau de santé. Et l'Université Laval n'a-t-elle pas coupé l'affiliation qui la reliait à l'Hôpital de Chicoutimi? C'est l'Université de Sherbrooke qui a sauvegardé l'excellence, en ouvrant, dans notre institution régionale, une première unité de médecine de famille. Aujourd'hui, un quart de siècle plus tard, la Faculté de médecine de la Reine des Cantons-de-l'Est se prolonge jusque dans le dernier pavillon de l'UQAC.
D'où provenait la résistance au projet de transformation du boulevard Talbot en autoroute? Et pourquoi tout mouvement de décentralisation avorte-t-il? Le bureau du Forestier en chef, à Roberval, ne demeure-t-il pas une façade, une coquille vide? Je m'arrête... Les indices sont trop nombreux. Sachez, Monsieur le maire Labeaume, que les Bleuets ont horreur de la foi sans les oeuvres.











