Et ce, avec ses anomalies habituelles... Un mystérieux interlocuteur appelle le pompiste docile. Il décrète le montant de la hausse. Celle-ci est uniforme, peu importe qu'il s'agisse d'un «indépendant» ou d'une station de grande corporation, d'une modeste station-service ou d'un gros dépanneur à fort volume. Peu importe que l'on vienne de remplir les réservoirs ou qu'ils soient presque vides...
Prétextes
Pendant des années, tant qu'il montait, le prix du brut expliquait tout. Puis, les pétrolières ont invoqué la spéculation boursière. Jusqu'à ce que la Bourse chute. Maintenant, elles plaident tantôt la conjoncture politique explosive dans un coin du globe, tantôt les coûts élevés de l'exploitation de nouveaux gisements.
Le diesel et l'huile à chauffage sont exactement le même produit, mais taxés différemment. Les prix de ces deux produits ont aussi des courbes différentes. Le prix de l'huile à chauffage a scandaleusement culminé en hiver, excédant celui du diesel pourtant bien plus taxé.
Bref, seuls le Bureau fédéral de la concurrence et les politiciens au pouvoir n'y voient que du feu. Le client, avec son gros bon sens, sait bien que cela cloche, surtout que les pétrolières rivalisent de profits records à chaque trimestre. Même en crise économique.
Pas de réaction
Au fédéral, nul politicien ne lève le doigt, encore bien moins le ton. Hibernia et les gisements de l'Alberta sont d'autant plus rentables que le prix du pétrole est élevé. Le gouvernement, chien de garde muet, a intérêt à laisser le cambrioleur dévaliser la place.
Au provincial, le gouvernement minoritaire de Jean Charest voulait obliger les compagnies à expliquer chaque hausse par écrit. Craignant le festival de la paperasse, l'Opposition l'a bloqué.
Maintenant qu'il est majoritaire, le ministre pourrait revenir à la charge. Il ne le veut pas, sous prétexte qu'il cherche un «gouvernement de collaboration», qu'il ne veut pas vivre une session parlementaire d'entraves et de «filibuster». Maintenant qu'il en a les moyens, ça ne le tente plus!
Il négocie avec le CAA un site web d'information sur le prix de l'essence. Mais, il en existe déjà plein. Et on paie déjà la Régie de l'énergie pour tenir pareil site. Suffit d'en exiger un peu de diligence et de convivialité!
Le consommateur sait qu'il est exploité. Il n'a pas besoin qu'on le lui démontre à nouveau, mais qu'on lui rende enfin justice.
Le modèle Toyota
J'ai eu, par ailleurs, une discussion animée avec des amis fonctionnaires. Le sujet: la mère d'un bambin mort brutalement reçoit une réclamation pour 169$ d'allocation familiale que l'on reçoit, automatiquement, à l'avance. Pour une question de délai, elle avait encaissé un refus de la même Régie des rentes pour un remboursement légitime de frais funéraires.
Choquée par l'attitude gouvernementale, je suggérais que le fonctionnaire qui envoie la facture aux parents éplorés informe le cabinet du ministre de la cruauté du système.
«Impossible», me disent mes amis, «nous pouvons le dire à notre supérieur immédiat, mais pas passer par-dessus, plaider, tenter de changer le système. Lui non plus d'ailleurs. On est payé pour appliquer uniformément les lois, pas pour les rénover». Et cela les frustre, parce qu'ils voient sur le terrain les effets pervers des lois, et ce sont eux, les commis, qui ont mauvaise presse.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a évoqué fugitivement le «modèle Toyota»: c'est exactement ce vieux moule qu'il veut casser. Dans les entreprises qui adoptent ce système d'amélioration permanente de la qualité, chaque individu doit bonifier son travail et le produit. Chaque suggestion, constatation, est analysée et leur auteur récompensé. Pour cela, le canal de communication du bas vers le haut doit être ouvert, fluide.
Dans la Fonction publique, il suffit qu'un commissaire à l'amélioration de la qualité reçoive et achemine les propositions. Pourquoi pas le Protecteur du citoyen? Au lieu d'attendre que des contribuables excédés se plaignent, il détecterait problèmes et solutions grâce aux fonctionnaires valorisés, trop heureux d'élargir leur rôle étriqué d'exécutants, réduits à maugréer contre des gâchis prévisibles.









