«C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante», disait Saint-Exupéry. Que de temps dilapidé avec de négligeables pissenlits sur MSN!
Mais, m'man, c'est justement pour rester en contact avec nos amis qu'on est sur MSN!
D'accord pour tes amis, mais les 180 autres?
On s'en fout!
(Comme dans leur chambre, où ils ne font jamais le ménage...)
J'observais, l'autre jour, le ballet hallucinant des «fenêtres» MSN sur l'ordi de ma nièce, qui l'interrompaient intempestivement et continuellement dans une langue quasi hiéroglyphique, ponctuée de «lol» et d'«émoticônes». Bonjour, le déficit d'attention!
Facebook et Twitter
Twitter me rebute par l'insignifiance de sa phrase anodine quotidienne. On choisit de «suivre des tweet», créant un réseau de gens qui se suivent...sans meneur! Avec des réactions instinctives, des escarmouches sur des banalités. Des branchés ont forcé IKÉA à se défendre d'avoir publié son catalogue en caractère Verdana, conçu pour les écrans, pas pour le papier. À côté de ce scandale, l'euthanasie, la faim dans le monde et les magouilles financières, passent pour des vétilles!
Au moins, sur un blogue, tout quidam qui sait écrire de manière minimale structure un peu sa pensée, réfléchit, plaide une cause, mais souvent dans le vide. Comme cela devient rare de savoir écrire, on se rabat sur les forums, repaire de fanatiques, mais aussi du partage: sur le sport, les maladies, la cuisine, l'informatique, on s'enguirlande ou on s'entraide. Ou, comme moi, on contemple d'un air dubitatif ce monde effervescent.
Je vais sur Facebook une fois par mois, toujours étonnée de mes nouveaux «amis». Ces temps-ci, ce sont des ténors de l'ADQ, dont je veux seulement être le garde-chiourme, pas l'amie!
Courriels noyés et web
J'aime le courriel, qui arrive instantanément sans déranger, simple et non intrusif. Même la missive vénielle, porteuse d'un fade «Pps», reste un fil d'Ariane subtil vers une amitié distendue. Mais, les pourriels ennoient tant les serveurs. Twitter et Facebook y relaient tant d'insipidités, que j'en échappe souvent de bons par inadvertance.
Le web donne du pouvoir aux petits, aux laissés-pour-compte, leur offre une chance de contourner ou d'affronter les grosses machines. Un chanteur français, Grégoire, a connu un succès planétaire avec un CD financé par des internautes inconnus. Les maisons de disques ne trouvaient pas ses créations assez «formatées».
Méfiance justifiée
Mais, méfions-nous, parce que les faiseurs d'images, les manipulateurs professionnels, les géants tentaculaires récupèrent tout cela. De plus en plus de pseudo Cendrillon sont, en fait, savamment sélectionnées et propulsées. Ainsi, un certain Obama... C'est aussi le paradis des menteurs, des propagandistes, de la légende urbaine: la meilleure et la pire liberté d'expression. Par exemple, ce faux Gérald Scullion qui a fait passer sur Facebook le vrai maire d'Alma pour un «poteux».
C'est aussi le lieu de naufrage de toute vie privée, de toute inhibition, chacun livrant sans vergogne des détails gravés pour l'éternité dans le cyberespace. Les archéologues de l'an 3000 apprécieront, mais d'ici là, les notions d'intimité, de discrétion s'effritent, et chaque phrase peut nous revenir dans les dents comme un boomerang, deux ans, cinq ans, dix ans plus tard.
La maladie et le remède
Et tout cela gruge du temps, de l'énergie, sans compter les ordis qui plantent, les connexions laborieuses, les longs téléchargements, les virus, les «pop-up».
Que cherche-t-on, empêtrés dans cette toile? À connaître, à se défouler? Ou, plus simplement, à exister?
Une amie non virtuelle m'a conseillé, lors de mon récent déménagement, de «désencombrer ma vie», de larguer l'inutile, l'insignifiant. J'ai liquidé l'équivalent d'un conteneur et je profite mieux de tout: chaque objet, bien en évidence, plus précieux qu'avant.
Ainsi en est-il sans doute de notre fréquentation du web: choisissons, quitte à ne pas être «in», et gardons du temps pour les vrais amis, le tangible. À moins que nous soyons déjà trop isolés, absorbés par ce monde virtuel qui génère de la solitude tout en prétendant la soigner, inocule la maladie pour mieux distribuer son remède...









