Un agenda de premier ministre

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Catherine Delisle

Le gouvernement vient de dévoiler un plan d'action pour raccrocher les paresseux. Encore un autre... On n'en finit plus de parler de décrochage scolaire.

Cette fois-ci, des centaines de personnes ont donné leur avis sur le sujet. Pas seulement les fonctionnaires et les initiés de l'éducation. Bref, le Québec s'est livré à une sérieuse réflexion. Même un dirigeant d'entreprise, Jacques Ménard, a présidé un groupe de travail à cet effet. C'est dire que la question préoccupe grandement notre société. L'idée: ne pas reproduire les erreurs du passé et atteindre un taux de diplomation de 80 pour cent, en 2020, chez les jeunes de moins de 20 ans.

 

Où est la famille?

Il y a une révélation que je retiens particulièrement, soit l'importance de mettre à profit la famille. Tiens donc! On vient juste d'y penser?

La vérité, c'est que la famille est occupée ailleurs: à travailler (mais, bon, a-t-on le choix?), mais aussi à s'impliquer dans plein d'organisations et de comités et à avoir une vie sociale active. Elle ne veut rien sacrifier.

Résultat: les petits ont des horaires de premier ministre. Cours imposés de ballet, de patinage, de judo... et autres activités musicales. L'été, ils sont inscrits dans un camp de vacances. Ces mêmes enfants ont fréquenté la pouponnière et la garderie. Ils ont un agenda, des consignes et des règlements à respecter quasiment depuis le berceau. Leur vie est réglée au quart de tour.

Est-ce possible que certains enfants n'en peuvent plus de la discipline et que les parents, trop occupés par leurs propres projets, n'aient plus de temps à consacrer aux leçons, aux devoirs, à leurs marmots, tout simplement? On ne peut quand même pas envoyer le professeur dans leur salon pour s'occuper encore des jeunes, le soir.

Et les autres...

Et il y a tous les autres enfants qui sont livrés à eux-mêmes, dès leur plus tendre enfance. Milieu défavorisé, parents absents qui n'attachent à peu près aucune valeur à l'éducation.

L'Allemagne a le plus faible taux de décrochage scolaire du monde. Sa recette: mettre à l'amende les élèves qui lâchent l'école avant d'avoir obtenu leur diplôme. Il est même question de réduire les prestations d'aide sociale des parents qui ne s'assurent pas que leurs enfants étudient jusqu'à 18 ans. On ne lésine pas sur les mesures.

Où est le juste milieu?

Avant d'agir aussi radicalement pour obtenir de bons résultats, si on mettait en vedette nos décrocheurs? Pas les Céline Dion ou Guy Laliberté de ce monde qui ont réussi. Ils constituent l'exception à la règle.

Non! Choisissons plutôt les vrais décrocheurs, qui passent d'une jobine à l'autre, conduisent des minounes, vivotent dans des appartements misérables depuis des années et qui se retrouvent à 50 ans avec rien sous les pieds. Peut-être que ça ferait réfléchir.

Dans le fond, l'éducation d'un enfant, c'est juste une affaire d'équilibre.

 

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