La confrontation conduit tout droit à l'échec

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Jacques Brassard
Le Quotidien

À l'époque, dans les années 90, j'ai été impliqué dans une démarche de concertation visant à éviter la fermeture définitive de la papeterie d'Alma. Mettre la clef dans la porte de cette usine était alors, pour l'entreprise, une option sérieusement envisagée. C'est seulement la présence de deux leaders, Bertrand Harvey, président du syndicat, et Alain Grandmont, directeur de l'usine, qui a rendu possible la mise en branle d'une stratégie de contrôle des coûts, d'amélioration de la productivité, d'investissements de modernisation et de changements dans la nature de la production.

Je me souviens, qu'alors, des syndicalistes avaient traité leurs «camarades» d'Alma de vendus et de dégonflés. Aujourd'hui, les installations d'Alma constituent un joyau du réseau d'AbitibiBowater...

 

Échec

J'ai été également mêlé, dans les années 80, à la saga de l'usine St. Raymond Paper, à Desbiens. Après quelques années sous la direction d'un nouveau propriétaire, elle fut définitivement fermée. L'autre fermeture aura été celle de l'usine Abitibi Consolitated inc. (ACI, de La Baie. Ces deux exemples me portent à tirer quelques conclusions, en regard du dossier de la papeterie de Dolbeau-Mistassini.

Ceci sans vouloir jouer au donneur de leçons...

La première qui saute aux yeux, c'est que seule la voie de la concertation peut aboutir à une issue heureuse. Ce qui est loin d'être assuré dans le cas présent. Ce qui est certain, cependant, c'est que la voie de la confrontation, elle, ne peut conduire inéluctablement qu'à l'échec. C'est d'ailleurs, de toute évidence, la voie des pourparlers que la communauté de Dolbeau-Mistassini a choisie. Elle doit s'y tenir fermement. Toute action cherchant l'affrontement ne peut être que contre-productive et provoquer blocage et obstruction de la part de la compagnie. Il y a des tentations sans doute compréhensibles de faire pression par des gestes hostiles. Ce ne serait pas bon d'y céder.

Partie prenante

Deuxièmement, même si AbitibiBowater croule sous un endettement exorbitant et est au bord de la faillite, il faut la garder comme interlocuteur. Elle fait partie certes du problème mais, paradoxalement, elle fait aussi partie de la solution.

Dans les deux exemples cités plus haut, où le succès est survenu (Alma), c'est là où l'entreprise propriétaire de l'usine est demeurée partie prenante de la démarche. Jusqu'au bout!

Dans l'autre cas (Desbiens), qui fut un échec, St. Raymond Paper n'a jamais voulu être un acteur de la relance. À Dolbeau, c'est que ça nous plaise ou non avec AbitibiBowater qu'il faut envisager un plan de redémarrage.

J'ai cru pendant un certain temps que la faillite pure et simple d'AbitibiBowater pouvait être, au fond, bénéfique: les actifs sont vendus et on repart sur de nouvelles bases. Mais, on m'a fait comprendre que, dans un tel scénario, s'il n'y avait pas de problème pour les unités de qualité (l'usine d'Alma, par exemple, trouverait facilement preneur), il en irait tout autrement pour les usines plus mal en point comme celle de Dolbeau-Mistassini.

Marge de manoeuvre

Il vaut donc mieux traiter avec AbitibiBowater (même si c'est un colosse aux pieds d'argile) afin de trouver et d'élaborer, en concertation, une solution viable qui tienne la route. Il ne faut surtout pas oublier que la région peut compter sur de solides appuis au sein de la haute direction de l'entreprise. Je pense, en particulier, à Alain Grandmont qui fut, comme je le rappelais précédemment, l'un des artisans de la transformation de l'usine d'Alma.

Choisir l'affrontement réduirait à néant la marge de manoeuvre de nos alliés à l'intérieur des hautes sphères d'AbitibiBowater.

J'ajouterais que le clivage politique partisan est à bannir absolument dans un dossier aussi épineux. Le député Denis Trottier l'a bien compris. Et le ministre Denis Lebel aussi, j'en suis convaincu. C'est pourquoi des réactions d'hostilité à l'égard du ministre fédéral, comme cela s'est produit récemment, risquent de nous aliéner les élus en place aux deux niveaux de gouvernement.

Encore une fois, on peut comprendre l'inquiétude et l'exaspération des travailleurs concernés, mais ils doivent accepter que seuls des pourparlers établis sur une base rationnelle peuvent les sortir du cul-de-sac. La réussite n'est pas assurée, mais c'est la seule voie qui peut y conduire.

 

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