Des mésaventures sans gravité comme celles-là, tous les consommateurs en vivent. Sans se plaindre. Se lamenter pour cinq minutes perdues et frustrantes? Pas la peine! Idem lorsque, à la quincaillerie, la caissière sert de téléphoniste au nez et à la barbe d'une file de clients, comme si le consommateur virtuel pesait plus lourd que celui en chair et en os qui vient de faire une razzia dans les allées.
Se plaindre
Je râle aussi dans les grandes surfaces où l'on doit quasi sangloter pour qu'un préposé nous remarque, où une grappe de clients s'agglutine autour d'un employé et voyage avec lui d'un rayon à l'autre en attendant son tour, tout cela parce qu'on économise sur une distributrice de numéros.
Depuis belle lurette, je note ces marques d'irrespect et je ravale, 99% du temps. L'autre jour, j'ai timidement demandé à la caissière de mon épicerie de dire à son patron que ses vieux chariots aux roues toujours grippées sont à bout d'âge.
Mais, combien de fois, prenant mon courage à deux mains, formulant poliment une critique à une compagnie ou à un organisme public, on me répond: «Vous êtes la première à nous le dire!». Traduction: «Maudite fatigante, t'es toute seule à trouver ça».
L'entreprise infidèle
La lecture d'un petit livre publié par Léger Marketing m'a rassérénée: contrairement aux jérémiades à la mode dans les milieux d'affaires, les 11 cosignataires de l'étude concluent que le client est foncièrement fidèle. Mais, de plus en plus d'entreprises le déçoivent et ne méritent pas cette loyauté. Selon eux, les commerçants devraient prendre chaque doléance au sérieux. Pour une plainte, 25 insatisfaits désertent silencieusement.
Mais le livre montre, aussi, que le mauvais service est si répandu dans certains domaines que même la désertion est vaine. Comme les compagnies de téléphonie cellulaire, qui cachent des coûts, nous attachent avec des contrats plus longs que la vie utile de l'appareil, et qui traitent mieux leurs nouveaux clients que leurs fidèles en les appâtant par des rabais inaccessibles aux clients de longue date. Ces derniers doivent alors claquer la porte pour mieux revenir.
Le bouquin de Léger Marketing, «L'entreprise infidèle», aide le consommateur à retrouver sa dignité et secoue l'entreprise blasée qui blâme ses clients plutôt que de se demander si elle mérite vraiment leur loyauté. Comme le vieux bonhomme bedonnant en camisole qui beugle, une bière à la main devant le hockey et qui s'étonne, ensuite, que sa Juliette batifole ailleurs...
Un logo pour la grippe A (H1N1)
Autre sujet: le gouvernement du Québec arbore un logo conçu exprès pour la pandémie d'influenza.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS), le gouvernement américain, l'Europe, le gouvernement canadien, gèrent la pandémie de grippe sans logo, mais le Québec ne pouvait y arriver sans ça.... ni compter sur ses milliers de fonctionnaires pour le concevoir! Une compagnie privée a donc concocté ce logo «songé»: une sphère divisée par une ligne courbe qui définit le «microcosme et le macrocosme, les composantes du virus, son expansion à l'échelle mondiale et l'action concertée des services gouvernementaux, la couleur orange représentant le niveau d'alerte».
Cette savante et essentielle création a coûté 7925$ de nos impôts.
Sans ce logo, le public québécois, sans doute plus demeuré que le reste de la planète, n'aurait pas compris.
Mais, rassurons-nous: comme ils gardent l'esprit pratique dans cet exercice de dilapidation, le logo créé en 2005 pour la pandémie redoutée de grippe aviaire est recyclable pour la grippe porcine, le graphiste ayant eu le génie de ne pas intégrer un oiseau dans son concept.
Le responsable de ce gaspillage reste aussi insaisissable que ce ministère labyrinthe...










