Dans ce procès, le public avait rendez-vous avec le récit d'une solitude à deux. Deux êtres fragiles, désemparés, qui se sont isolés petit à petit, de déménagements en brouilles avec tout le monde. Le couple Gauthier-Laliberté a changé de région plusieurs fois, il a été incapable de tisser des liens. Les deux ont quitté leurs emplois avant de se faire des amis.
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Blâmer les autres
Toute contrariété devenait une raison. Lui, dépressif. Elle, personnalité limite et manipulatrice, tantôt normale, puis, soudain, agissant tel un siphon. Ils avaient l'âme à vif, étaient incapables d'endurer la situation dans laquelle ils se plaçaient eux-mêmes. On n'a rien su de leur suivi médical. Mais, leurs déménagements fréquents ne devaient pas les aider: Gaspé, Amos, Chicoutimi, des régions où les médecins en ont plein les bras.
La DPJ est intervenue une fois auprès de Cathie Gauthier, lorsqu'elle élevait seule sa petite fille. Laliberté avait perdu la garde des enfants issus de son premier mariage. Leurs migrations les ont sortis des écrans-radars... Arrivés chômeurs à Chicoutimi, ils ont loué une maison de 1250$ par mois. Déraisonnable!
Modèle et soutien
Ils imputaient leurs ennuis au monde entier: la famille «pas très familiale», dont Laliberté se plaint dans sa lettre d'adieu; la mère adoptive de Cathie Gauthier qui, selon cette dernière, n'a pas été le modèle et le soutien qu'elle cherchait; le propriétaire de la maison qui ne voulait plus patienter; l'amie qui avait accumulé des REER et n'a pas pensé à leur en donner; l'employeur pas assez accommodant.
De chicanes en bouderies, ils ont fait le vide autour d'eux. Comme deux naufragés agrippés l'un à l'autre, terriblement seuls dans une nuit noire. Au lieu d'appeler à l'aide, ils ont blâmé ceux qui ne les cherchaient pas, qui ne les aimaient pas, sans se rendre visibles. Ni aimables.
Dans ses lettres, Cathie Gauthier distille son venin, culpabilise tout le monde et, du coup, se déresponsabilise. Et tente d'anoblir l'odieux en prétendant protéger ses enfants de la souffrance.
Ne pas entendre
Plusieurs m'ont dit d'elle: «Dommage qu'elle se soit manquée» ! On aurait sans doute préféré ne pas entendre dans une région comme la nôtre, tricotée serrée, où tout le monde se connaît, dont l'accueil est réputé, qu'une telle solitude paranoïaque puisse se développer sans qu'on n'en sache rien. On préférerait ne pas savoir que des enfants dépendent de pareilles épaves émotives...
Mais, au coeur de ces drames familiaux, celui-là comme bien d'autres, rôde toujours une mentalité de propriété sur l'autre. Dans ce cas, les deux parents se sont arrogé le droit d'«emmener leurs enfants avec eux» comme on prend un bagage avec soi. Ils leur ont nié le droit au bonheur et à la vie. Dans d'autres drames, c'est pour punir l'ex, pour l'empêcher d'être heureux.
Pourtant, aimer, ce n'est pas s'approprier ni disposer des êtres. Nos enfants ne nous appartiennent pas. Nous ne sommes que les fiduciaires de leur épanouissement.
Possession
L'instinct de possession est à l'origine de bien des tragédies. La blonde n'appartient pas au chum, le mari n'appartient pas à l'épouse. Chaque être humain, autonome, suit son chemin, le choisit. Parfois, ces routes s'enlacent pour un bout. Chacun est maître de son destin, pas de celui des autres.
Quand ces chemins se séparent, on souffre, mais cela ne nous autorise pas à forcer l'autre à quoi que ce soit, ni à décider pour lui.
Si on inculquait ça aux jeunes, ils feraient un monde plus sage, plus mûr.
Aimer, ce n'est pas posséder, mais cultiver et vivre pleinement un bonheur passager, qui peut durer des décennies, ou seulement quelques semaines. Puis, vivre sereinement la rupture, apprivoiser la souffrance, comme un deuil incontournable, pour continuer, plus riche de ce qu'on a vécu. Cela s'appelle le respect. Et cela s'enseigne par l'exemple.
Encore faut-il être en être capable. Tant d'adultes dérivent anonymement, pris dans l'engrenage infernal de leur manque de maturité...
Comme Cathie Gauthier et Marc Laliberté, qui ont condamné leurs enfants, parce qu'eux-mêmes n'aimaient plus la vie.
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