Or, le ministère a chargé le Département de santé publique de chaque région de gérer à sa manière la campagne de vaccination. Le nôtre a disséminé cette fonction à chaque CSSS, sans consignes globales et cohérentes, sans centrale d'information. Cela suscite des ruées, des rumeurs, du jeu de coude et d'influence.
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La cible abandonnée
Par exemple, à La Baie, le vaccin se donne sur rendez-vous. Une jeune mère, dépitée de ne jamais obtenir la ligne, se rend sur place et se heurte à un écriteau «plus de rendez-vous, revenez le 16 novembre». Elle appelle Service-Québec pour vérifier si elle peut se présenter à Chicoutimi. On lui répond vaguement: «Probablement, essayez-vous». C'était au tour de son bébé d'embarquer dans le canot de sauvetage et personne en autorité ne prend en charge son désarroi. Incapable d'accéder au capitaine confus, elle alerte les médias.
La semaine dernière, une jeune femme s'effondre après le vaccin et ses profs de Techniques infirmières lui font un massage cardiaque. C'était en réalité un choc vagal, une réaction inoffensive, mais fort impressionnante et très semblable à un arrêt cardiaque. Alors que des témoins confirmaient les faits à un journaliste, le Département de santé publique, difficile à joindre, niait et fustigeait le média avant de revenir avec l'information, une heure plus tard. Même bavure de communication au sujet d'un jeune infirmier qui a eu des difficultés respiratoires.
Réactions normales
En réalité, ce type de réactions physiologiques survient dans toutes campagnes de vaccination. Statistiquement, comme plus de gens que d'habitude recevront leur premier vaccin grippal, ces réactions seront plus nombreuses. Et, comme on procède dans des lieux publics, au vu et au su de centaines de personnes, l'information circule vite. Les autorités, à cran, n'ont pas prévu d'être informées des incidents et mettent trop de temps avant d'expliquer, comme un capitaine plus porté à engueuler les matelots qu'à agir et rassurer.
Ainsi, les Commissions scolaires diffusent chacune leur information. Certaines refusent d'identifier les écoles où il y a des cas, sous prétexte de ne pas créer de panique. Cette réaction nocive d'infantilisation des parents donne libre cours aux ragots des gamins. Et les directions d'école, déjà surchargées, finissent par donner aux parents les infos passées sous silence par la Commission scolaire.
Les plus sûrs vecteurs de confiance et les meilleurs remèdes contre la panique, ce sont l'information et la transparence.
Il aurait fallu que la région se dote d'un «Docteur Grippe», un solide porte-parole qui concentre les renseignements, dresse des bilans, répond rapidement aux questions, collige les incidents et les dédramatise.
Consignes claires
Il aurait fallu, aussi, que les consignes soient claires. Ainsi, on peut comprendre que ceux qui doivent voyager (les États-Unis envisagent d'exiger une preuve de vaccination), soient vaccinés plus vite. Mais, encore eut-il fallu que l'on fasse un minimum de contrôle. Bien des passagers sont désormais convaincus que le capitaine ne maîtrise pas la situation, ce qui déclenche souvent le sauve-qui-peut et le chacun-pour-soi.
Par ailleurs, la vaccination prioritaire des maires et des conseillers municipaux (sous prétexte de leur rôle en matière de Protection civile), pendant les jours pourtant réservés aux groupes cibles, a aussi envoyé un mauvais message. Cela émanait de la panique du ministre de la Santé devant les doutes d'abord soulevés par le vaccin. Yves Bolduc a distribué les menaces aux médecins et au personnel de la santé réticents, leur enlevant du coup beaucoup de crédibilité quand ils l'appuyaient. Son opération ostentatoire «prêchons par l'exemple» devait confondre les sceptiques, mais dès lors que le virus a foudroyé un jeune athlète de 13 ans, le public était passé à autre chose. La vaccination des élites politiques n'a plus semblé ensuite qu'un privilège à la caste dirigeante!
Tant de maladresses et on n'en est qu'au début!
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