Il adoucit ou neutralise tout simplement les interdits inscrits dans les législations provinciales encadrant l'exploitation de la production et de la commercialisation des produits agricoles. Le premier ministre Jean Charest et ses collègues de la Fédération ont rapidement fait consensus sur l'importance de faire front commun avant d'entreprendre de difficiles négociations avec les partenaires américains et européens de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce.
Les subventions
Dans les pays développés, le monde agricole défend vigoureusement ses privilèges et certains en réclament même davantage. Chez nous, le fédéral et les gouvernements provinciaux apportent leur soutien à cette activité économique majeure par différents programmes. Leur aide financière n'atteint toutefois pas les généreuses subventions consenties par Washington et Paris notamment à leur secteur agroalimentaire.
En réponse aux critiques de l'Opposition, Claude Béchard, le titulaire de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, se fait rassurant : « Jamais le Québec n'a obtenu un engagement aussi unanime sur la gestion de l'offre et la mise en marché collective «, prétend-il en s'empressant d'enchaîner qu'Ottawa a dorénavant « les mains attachées « et qu'il devra défendre vigoureusement le système québécois.
Populaire, homme de confiance du chef, Béchard se fait toujours convaincant. Ce qui explique probablement pourquoi il ne craint pas de bousculer les objections de l'UPA, la puissante Union des producteurs agricoles. Car les travailleurs de la terre craignent comme la peste ce nivellement par le bas des nouvelles conditions qui régiront la commercialisation de l'agroalimentaire.
La panique H1N1
Même les groupes de consommateurs qui ont fait front commun avec l'UPA n'ont pas impressionné davantage le gouvernement Charest. Quant à la population, toutes ses préoccupations sont mobilisées par la vaccination contre la H1N1, une opération transformée en épidémie de grippe espagnole par une panique médiatique absolument sans précédent.
L'inquiétude de l'UPA n'est pas un caprice. Elle craint l'envahissement de nos marchés par des substituts et le remplacement de la ferme traditionnelle par les grands producteurs urbains comme Saputo, Agropur, Kraft et Mars. Les spécifications de l'entente qui englobe tout le pays feront progressivement disparaitre la spécificité du Québec sur l'étiquetage, la mise en marché et la composition des aliments.
Les grandes chaînes, prévoit-on, ne vendront plus que des aliments provenant de la grande industrie comme du yogourt et du beurre faits sans lait frais. Le ministre Béchard soutient au contraire que « les gains réels de l'entente dépassent largement les risques potentiels «.
Les agriculteurs ont une grande puissance d'adaptation. Malgré les obstacles qui se multiplient et l'égoïsme des urbains qui exigent la plus grande qualité sans en payer le prix, il reste encore au SaguenayLac-Saint-Jean 1 218 exploitations agricoles qui génèrent 15 900 emplois dans le bioalimentaire et 2 400 reliés à la production agricole.
Mais il faudra davantage d'investissements, d'aide à la relève et d'innovations issues de la recherche pour se développer et même simplement survivre. Peut-on espérer l'émergence, à l'Université du Québec à Chicoutimi, d'un intérêt pour l'agroalimentaire ?










