Il mettait le feu en accusant Caire puis esquivait les questions et s'évaporait pour quelques jours, parfois en prétextant son cancer de la prostate. Il a gagné de justesse, par deux voix, dont celle d'Omar Bongo, un dictateur africain décédé, qu'Infoman avait enregistré comme membre en règle de l'ADQ. Au lieu d'en concevoir de l'humilité et un besoin de ralliement, au lieu de tendre la main à l'autre moitié des adéquistes, Taillon l'a vindicativement giflée en tassant son ex-rival.
Démissions
Puis, on apprend que le président du parti a magouillé pour financer la candidature de Gilles Taillon, malgré son obligation de rester neutre. Le président démissionne. Deux des six députés aussi. Le parti ressemble à un «monsieur Patate» qui perd bras et jambes. Il ne reste plus à Gilles Taillon qu'à le décapiter en démissionnant lui-même et, pour bien l'achever, il le saigne en lui reprochant un financement trouble. Accusation vague et dévastatrice.
En pyromane fuyard, Taillon lit sa déclaration macérée dans le venin, puis refuse les questions et s'évapore.
Il vient d'exécuter son parti. Dans une lettre (qui lui permet d'échapper une fois encore au questionnement), il plaide la légitime défense...
Dommage. L'agonisant ne m'avait pas conquise, loin s'en faut, mais offrait une alternative, cassait le cercle vicieux des grands partis. Il nous sortait de l'éternelle dualité souverainiste-fédéraliste et des ornières idéologiques. Il jouait les trouble-fête dans ce relais prévisible que se passent tous les huit ans libéraux et péquistes.
Une voix aux déçus
Il attirait les désabusés, les déçus qui croient encore en la démocratie, mais de moins en moins à notre système politique. Il donnait aussi une voix aux régions. C'est l'ADQ qui a souligné la scission entre Montréal et le reste du Québec sur les accommodements raisonnables. Le parti constituait une tribune pour ceux qui voulaient briser les vieux réflexes de ne jamais rien remettre en cause, de ruser pour faire casquer la classe moyenne, d'endetter les jeunes et de graisser les amis politiques et les mandarins.
Mais, les solutions de l'ADQ manquaient de réalisme, de fini. Par exemple: abolir les commissions scolaires et refiler les écoles au municipal. Soit, mais qui gérera les écoles secondaires situées en ville mais desservant des jeunes du milieu rural? Autre exemple: l'ADQ plaidait à ses débuts pour une liberté de parole des députés, mais a vite fait rentrer ses élus dans le rang. C'est plus facile de contrôler une garderie de politiciens débutants que de faire face aux médias en maraude, à l'affût de la moindre dissension. Dumont n'osaient pas leur dire: «Ben oui, on ne pense pas tous pareil, vive la discussion, la pensée unique n'a pas cours ici».
Et puis, il y a le nerf de la guerre, le fric. Chaque fois que l'ADQ flairait le pouvoir, les requins tournaient autour avec leurs chéquiers. Le chef a même «oublié» une facture de 14 000$ pour un congrès adéquiste sur la table du restaurant d'un certain Accurso...
Malgré toutes ses maladresses, ses faiblesses, l'ADQ faisait du bien dans le paysage politique. Son assassinat, volontaire ou non, nous appauvrit.
Libres
Parlant de la liberté des députés, le gouvernement minoritaire conservateur vient de faire adopter en première lecture une loi qui prévoit que les armes de chasse ne devront plus être enregistrées une à une. Le chef libéral a permis à ses députés de voter selon leur coeur. Les libéraux des comtés ruraux, dont les électeurs chassent ou doivent défendre leur ferme des prédateurs, ont voté en sa faveur. Le Bloc québécois a refusé la même liberté à ses députés. Il reste la deuxième, la troisième lecture, l'étude en commission, le Sénat... Ignatieff trouvera bien le moyen de tirer les cordeaux au cours de ce long processus.
C'est crève-coeur de constater que lorsque les députés votent en leur âme et conscience pour représenter leurs électeurs, le résultat diffère à ce point de la position imposée par l'establishment. Comment peut-on respecter la politique qui musèle des hommes de bonne volonté, élus pour parler?










