Pour ceux qui, comme moi, ne jurent que par l'Académie française et le bon vieux Grevisse, tenez-vous le pour dit. Les rectifications de l'orthographe sont recommandées par le Conseil supérieur de la langue française et approuvées par l'Académie française. Rien de moins! Elles sont officielles et en vigueur dans toute la francophonie. C'est ce que j'ai appris en fouillant sur le site www.nouvelleorthographe.info.
Et on ajoute ceci : les ministères de l'Éducation en tiennent maintenant compte. Plusieurs dictionnaires et logiciels ont intégré les nouvelles graphies. Or, si vous avez la nette impression que vos journaux, revues, magazines et autres documents d'information, sont bourrés de fautes, avant de vous indigner et de tout souligner au gros crayon jaune, informez-vous.
Modernisme
Car, il semble bien que le Grand vadémécum soit devenu LA référence en orthographe moderne. Sauf que, moi, je suis vieux jeu. Je le reconnais sans aucune gêne. Est-ce que je pourrai un jour maitriser (nouvelle graphie oblige : pas d'accent circonflexe sur le i) ce renouveau?
Depuis le temps que je jongle avec les difficultés de la langue française, que je trébuche sur les mots, que je fouille dans les dictionnaires, c'est devenu une seconde nature. Et j'aime ça. Masochiste en plus!
J'admets que la langue française comporte plein d'anomalies. Pourquoi écrire bonhomie avec un «m», alors que bonhomme en prend deux, imbécillité avec deux « l « même si imbécile n'en prend qu'un et combativité avec un «t». Pourtant, battre ne s'écrit-il pas avec deux «t»? Toutes ces bizarreries disparaissent donc. De nombreux autres correctifs sont aussi apportés. Je pense à asseoir (maintenant assoir), à oignon (devenu ognon...).
Plus besoin, non plus, de se casser la tête avec les numéraux composés puisqu'ils sont dorénavant systématiquement reliés par des traits d'union. Les formes conjuguées des verbes de type céder, au futur et au conditionnel, ne vous causeront plus de maux de tête. Céderait devient cèderait.
Les cégépiens ont fini d'en arracher à l'épreuve uniforme de français et de passer pour des cancres.
Cours classique
Combien de fois avons-nous vu le mot quincaillier écrit quincailler. La finale «illier» ne réussissant pas à entrer dans la tête de bien des gens. Ou peut-être ne se sont-ils jamais interrogés à ce sujet, n'y voyant rien de particulier, tout simplement?
Pour les personnes de ma génération qui ont noirci des pages de vocabulaire pendant tout le primaire, qui ont appris par coeur les règles de grammaire et ses exceptions, qui ont planché sur des milliers de pages d'exercices, ce coup de balai de modernisme et cette tendance à vouloir rompre à tout prix avec les traditions pour s'inscrire dans un courant, soi-disant plus contemporain, me découragent.
J'ai eu le privilège d'avoir accès au cours classique et de «faire mes humanités», comme on disait à l'époque. J'ai développé l'art de me questionner au cours de ces années d'études. Je le sais lorsqu'un mot, un temps de verbe, une règle de grammaire... cachent un piège. Je fouille pour trouver la solution. J'aime en discuter avec des collègues. Après, je décide si je contourne ou non la difficulté. Mais, pour se questionner, encore faut-il avoir acquis un minimum de connaissances.
Même en bûchant, je commets des erreurs. Ça ne me rebute pas. J'apprends encore.
Contribution
Je suis d'accord pour enrichir le français international par notre contribution. C'est bien d'utiliser le terme baladeur plutôt que walkman, courriel en remplacement de e-mail, et clavardage plutôt que chat.
Le français doit évoluer. C'est l'évidence même. Il faut préférer les équivalents québécois aux anglicismes. N'oublions pas que le français, qui a été longtemps une langue diplomatique apprise par les élites, la langue internationale par excellence jusqu'en 1919, ne fait que perdre du terrain au profit de l'anglais. Ne devrait-on pas encadrer le français dans le respect des règles, travailler à le sauvegarder?
Je vois dans cette turbulence une atteinte à une langue dont la richesse repose justement sur ses particularités. C'est la plus précise, la plus nuancée de toutes. Elle est savoureuse. Et on veut balayer tout cela?
Avec sa quantité impressionnante d'exceptions, ses pièges, ses incohérences, ses anomalies, le français n'est pas une langue pour les esprits paresseux. Mon avis, c'est qu'il y en a tout un paquet qui va apprécier qu'on jette à la poubelle une partie de notre patrimoine d'étrangetés orthographiques.










