Au lieu d'aller en référendum sur son projet, le maire a gagné ou perdu? du temps en commandant cette étude à Go Multimédia, une firme réputée.
En cours de route, il l'a renvoyée à ses devoirs, pour ajouter aux coûts la décontamination du terrain et l'aménagement de stationnements pour remplacer ceux qui seront perdus par la construction. Cela faisait à coup sûr gonfler la facture, mais surtout, repoussait le rapport après les élections.
Le conseil, toujours courageux, s'en lave maintenant les mains: le contribuable décidera.
La balle au citoyen!
Nous voilà donc placés devant un dilemme:
D'un côté, une rénovation à 10,5 millions$, une subvention fixe de la ville de 165 000$ par an, un financement déjà conclu, un projet complété dans un an. De l'autre, une construction de 32 millions$, des frais d'entretien annuels de 800 000$, un financement à monter et pas de salle de spectacle avant 5 ans.
Facile, la décision? C'est ce que le maire espère. Et, pourtant, ce ne l'est sur aucun plan: ni artistique, ni économique, ni politique.
Chicoutimi a un brillant Conservatoire de musique, qui a lancé ou soutient des artistes de renommée internationale: Marie-Nicole Lemieux, Jean-Philippe Tremblay, le quatuor Alcan (que le pianiste Alain Lefebvre entraîne dans une tournée mondiale). Son Orchestre symphonique attire de grands chefs: Nagano le dirigera bientôt.
Économie
Ces artisans et artistes de la musique classique affirment qu'ils ont besoin d'une salle acoustique, une salle où on peut les apprécier sans sonorisation artificielle. Mon oreille n'est sans doute pas assez sensible pour saisir ces nuances. Mais, pourquoi ne pas investir pour les satisfaire et assurer la pérennité de ce pan de notre culture régionale?
Sur le plan économique, la rénovation de l'Auditorium Dufour ne présente aucune plus-value, sinon qu'elle donne au Cégep de Chicoutimi un équipement que n'a pas Jonquière, où la Commission scolaire locale enseigne pourtant les arts de la scène. Une salle au centre-ville, c'est une activité supplémentaire dans cet anémique «croissant culturel»: des restos, des boutiques, une vie nocturne plus intense, de la clientèle pour le bas de la rue Racine, dépendant de la variété des spectacles et de l'achalandage de la salle de répétitions que propose Go Multimédia. Esthétiquement, ce trou en «garnotte» symptôme d'inanité de la vie commerciale, balafre le coeur de la ville.
Sur le plan politique, la rénovation de l'auditorium peut sembler un retour d'ascenseur du maire vers la directrice du Cégep qui a servi de caution morale dans l'affaire BTF. Le silence unanime du conseil d'arrondissement sur la question donne aussi le goût de secouer un peu sa torpeur.
Mais, tout cela vaut-il un ajout de 20 millions$ (plus l'indexation), des coûts récurrents majeurs, et 5 ans de disette en matière de spectacles dans cet arrondissement, alors que nos rues sont défoncées, que la population décroit? Je ne sais pas...
Il manque des pièces au casse-tête. Par exemple, la salle de répétitions proposée par Go vient-elle rétrécir l'école de musique projetée à 12 millions$ dans l'ancien garage Chic? Et si on fusionnait ces projets?
Quelle serait la part des gouvernements dans cette construction neuve et la part réelle de la ville? Ce milieu culturel qui réclame à cors et à cris une salle digne de lui est-il prêt à aider au financement? Les talents internationaux qui en sont issus pourraient-ils monter un spectacle bénéfice qui irait chercher du fric ailleurs que dans la région? Après tout, Saguenay a été bombardée «capitale culturelle du Canada» pour 2010...
Manque de données
Devons-nous rêver grand ou réaliser petit? Pendant que Chicoutimi soupirait ces dernières années, le Palace d'Arvida, le Théâtre du Palais municipal de La Baie, la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière ont taillé leur place. La ville aide chacune, saupoudre son financement culturel. A-t-elle les moyens de faire plus?
Aurons-nous ces réponses avant l'étrange consultation populaire imminente?
À suivre sur le même sujet: astuce ou consultation?










