Saguenay finit par où elle aurait dû commencer

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Machiavélique, le choix du maire Jean Tremblay de tenir une consultation populaire plutôt qu'un référendum sur la salle de spectacle de Chicoutimi! Normalement, une ville consulte, élabore son projet, vérifie le financement, vote son emprunt. Si 2,5% des citoyens signent le registre, elle renonce ou tient un référendum pour s'assurer que la majorité la suit.

C'est ce que Jonquière a fait pour la salle Pierrette-Gaudreault. Dans le cas de la salle à Chicoutimi, le maire prétend économiser: un référendum coûte 1 million de dollars; une consultation populaire sans poids légal, 300 000$. L'écart réside dans la réutilisation de la liste électorale vieille de six mois. Les étudiants qui ont rameuté les mécontents en mai risquent de ne pas pouvoir voter parce qu'ils déménagent souvent! En seront-ils démobilisés ou aiguillonnés?

 

Une telle consultation populaire a été tenue sur le nom de la ville, pour clore le débat sans trop de contraintes légales... Débat que d'aucuns refusent encore de fermer!

Référendum

Mais, dans le cas de la salle, cette méthode n'évite pas forcément le référendum. Quel qu'en soit le résultat, la ville devra présenter un règlement d'emprunt, qui pourrait à nouveau être bloqué par 2,5% des citoyens. J'ai déjà dit tout le mal que je pense de ces signatures de registre, qui consacrent la dictature des lobbys en ne permettant qu'aux opposants de se prononcer et qui forcent les villes à une dépense folle pour se légitimer.

Je trouve aussi archaïque et coûteuse la confection de nos listes électorales. Surtout, notre système traite les citoyens comme des analphabètes incapables de se prononcer sur plus d'un sujet à la fois. On aurait économisé en posant la question aux élections municipales du premier novembre.

Selon la loi, le référendum doit avoir lieu au plus tard 120 jours après l'adoption du règlement, qui remonte au 4 mai. Il aurait fallu que la ville adopte un nouveau règlement, légèrement modifié, en août, pour synchroniser le référendum avec l'élection et le rendre aussi économique que la consultation populaire. Mais, le maire ne voulait pas que cette question fasse de l'ombre à sa campagne électorale.

Consultation ratée

En fait, la ville finit par là où elle aurait dû commencer: consulter. Le débat battait son plein quand le maire a tranché: Auditorium Dufour, point à la ligne. Il l'a aussi fait dans le dossier de l'aréna de l'UQAC, mais le hockey mineur avait un trop urgent besoin de glace pour renâcler. Cependant, dans le monde de la culture, le temps suspend son vol, l'idéalisme règne... Le maire a pour la première fois frappé un mur, ou plutôt un muret, qu'il franchit maintenant d'un air détaché et démocrate. Peut-être même heureux de repousser cette dépense!

L'Orchestre symphonique du Saguenay se plaint que le peuple se prononce sur la salle de spectacle à Chicoutimi, mais pas sur les rénovations d'arénas ou le quai baieriverain plus coûteux.

Comment voteront les citoyens de La Baie et de Jonquière, qui rêvent de bibliothèques et de centres sportifs?

Piégés

Les amis de l'Orchestre ont utilisé les registres pour se faire entendre. Ils sont piégés comme un joueur de tennis qui a lobé une balle à bout de bras, sans pouvoir parer le smash qui suit.

Le conseil repassera sans doute le même règlement d'emprunt, en modifiant quelques virgules. Et les opposants auront mauvaise grâce de bloquer la «volonté du peuple».

Petit aparté: comment une firme réputée sérieuse comme Go Multimédia peut-elle remettre un rapport de 15 pages truffé de fautes? «Balais» au lieu de ballet, «précotion» pour précaution, «la canopée tiens (sic) son origine» «l'air de jeu», «un grand nombre de visiteur (sic)», et j'en passe... Et comment un client peut-il accepter de payer 16 000$ pour cela?

Le pain et le gâteau

Pendant qu'on se déchire, les subventions pleuvent à Québec. Déjà graissée par sa Commission de la Capitale nationale, par la débauche de subventions au 400e anniversaire, la ville du maire Labeaume recevra une manne pour se faire olympique... À Montréal, le quartier des spectacles aspire à lui seul 150 millions$.

Selon les chiffres du ministère de la culture, la Capitale reçoit 266$ de subventions culturelles par tête de pipe; Montréal, 222$; le reste, 55$. Saguenay est dans la moyenne du Tiers-Québec et la ville fait sa part. Comme les autres, elle mendie son quignon de pain culturel et n'ose pas réclamer du gâteau. Difficile de mordre la main qui nourrit, même si elle le fait chichement!

 

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