Comme des goélands sur un tas d'immondices!

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Carol Néron
Le Quotidien

De tous les immigrants qui, avec les Français, ont choisi le SaguenayLac-Saint-Jean comme terre d'accueil depuis les cinq dernières décennies, les Haïtiens sont probablement ceux qui forment la communauté la plus ancienne et la plus enracinée. En effet, ils ont commencé à s'établir chez nous dès le début des années soixante.

Les cégeps régionaux issus de la refonte du système d'éducation en ont accueilli plusieurs à titre d'enseignants et, plus tard, d'étudiants. Parmi la génération des baby-boomers, nombreux sont ceux d'ailleurs, qui ont eu un prof venu de la Perle des Antilles.

 

Intégration rapide

D'abord accueillis avec curiosité, car ils étaient les premiers Noirs à oser venir braver la froidure légendaire du SaguenayLac-Saint-Jean, les Haïtiens se sont vite intégrés. Aujourd'hui, cette présence constitue un actif. C'est pourquoi le drame épouvantable qui touche leur pays d'origine nous atteint de façon particulière.

Le symbole le plus marquant de l'attachement des Saguenéens et des Jeannois à la culture et au destin d'Haïti est fourni par le conseiller de Saguenay, Luc Blackburn. Cet homme a livré une bataille admirable pendant plusieurs années pour convaincre les autorités compétentes de lui confier l'adoption de trois jeunes Haïtiens.

En fin de semaine, dans le Progrès-Dimanche, Luc Blackburn confiait son intention de tout mettre en oeuvre pour faire venir ici les membres composant la famille immédiate de ses protégés. Souhaitons qu'il puisse atteindre rapidement cet objectif avec l'appui des nombreux organismes de la région oeuvrant dans l'aide humanitaire à Haïti.

Ottawa et Québec ont décidé d'assouplir leurs politiques d'accueil des immigrants, afin de soulager la misère des survivants de ce tremblement de terre ayant fait, selon les premières estimations, 50 000 morts, 250 000 blessés et 1,5 million de sans-abri. Cette mesure d'exception devrait permettre d'accélérer le processus relatif à des demandes comme celle que s'apprête à déposer Luc Blackburn.

Le conseiller municipal peut également faire appel aux ministres fédéraux Jean-Pierre Blackburn et Denis Lebel, de même qu'à leur collègue du Québec, Serge Simard. Enfin, le caucus péquiste régional ne demeurera certainement pas insensible à une telle cause, tout comme l'ensemble de la population régionale...

Couverture médiatique

Un mot sur la couverture de cette catastrophe par la télé québécoise...

Les réseaux d'information sombrent dans le voyeurisme. De nombreux Haïtiens de Montréal confient leur malaise et leur peine: ils choisissent d'éteindre leur téléviseur plutôt que d'être confrontés, d'heure en heure, aux images passant en boucle de cadavres transportés par camions entiers ou déposés dans des fosses communes et couverts de mouches.

L'information a cédé la place au spectacle. À ce jeu sadique, LCN caracole en tête de la meute même si RDI a aussi des reproches à se faire.

Samedi, un reportage diffusé sur LCN, provenant d'une chaîne télé du Brésil, montrait des reporters en train de pousser leurs micros dans un trou d'à peine quelques centimètres afin de recueillir les plaintes d'une survivante enfouie depuis 75 heures sous les gravats. C'était d'une incommensurable mocheté! On aurait dit des goélands picorant sur un tas d'immondices dans l'espoir de recueillir une maigre pitance!

Torture

Quelle serait la réaction des Québécois si, par exemple, à l'occasion d'un nouveau déluge, leur télé locale se laissait aller à une telle débauche d'horreur en direct sous prétexte d'informer? Le peuple haïtien est suffisamment marqué avec cette catastrophe, pourquoi lui imposer, en plus, une torture semblable?

Quatre heures seulement après la décision de l'ONU de décréter l'état d'urgence en Haïti, un reporter-télé tiré à quatre épingles décrétait, un ton de reproche dans la voix: «Les secours s'organisent lentement».

Mais non, mon vieux, c'est l'information-spectacle qui va trop vite!

redaction@lequotidien.com

 

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