La télé change

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Ça m'énerve! De plus en plus souvent, des bandes publicitaires de plus en plus larges grugent mes émissions favorites. L'image se déforme et on glisse sur le tiers de l'écran une commandite de papier de toilette, un indice pour un concours, la «plogue» de l'émission suivante. Le logo de la station trône dans le coin de l'écran. Autrefois transparent et discret, il prend de l'embonpoint. Qu'ai-je besoin de le voir en permanence? D'ailleurs à LCN, ce logo cache le mercure des Îles-de-la-Madeleine sur les cartes météo!

Le placement de produits à l'intérieur même des émissions augmente: le jus X trône ostensiblement sur la table, les biscuits Y sont bien visibles quand un personnage ouvre son armoire. Tout juste si on ne fait pas un gros plan sur la boîte!

 

Notre faute

Mais tout cela est de notre faute. La télé change, parce que le consommateur tente d'échapper à la pub qui la finance. Par exemple, grâce à l'enregistreur personnel numérique (ENP): ce terminal enregistre systématiquement mes émissions préférées d'un simple clic sur la grille horaire.

Je ne regardais plus la télé. Entre maman-taxi, les devoirs, les téléphones, les tâches domestiques et les loisirs sociaux, mes soirées s'évaporaient sans que je puisse suivre une série. Il y avait toujours un enfant pour désactiver mon enregistreur laborieusement programmé. Et quand une rare oasis de tranquillité me permettait d'écouter la télé, il n'y avait rien à voir!

J'ai maintenant mes émissions quand je veux. Elles s'enregistrent même sur deux chaînes à la fois ou pendant que mon rejeton regarde son Canadien se faire battre. Et je zappe les pubs!

Les diffuseurs me récupèrent dans leurs cotes d'écoute, mais j'échappe à leurs commanditaires. Alors, ils envahissent grossièrement mon écran, et tuent la magie de ce que j'écoute. Bientôt, l'écran se divisera en deux pour nous imposer la pub. Ou on nous facturera chaque émission. Ou les deux. Pour l'instant, ils se gardent une petite gêne. Profitons-en.

On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, se délecter du produit sans le payer. Si ce n'est en subissant les annonces publicitaires, ce sera par des redevances sur l'abonnement au câble que réclament déjà les télés généralistes. Quoiqu'en zieutant mon compte, je trouve que je paie déjà amplement, y compris pour des canaux spécialisés dont je me fiche, comme APTN.

Si les câblodistributeurs voraces refilaient une part aux diffuseurs, le consommateur serait épargné. Mais tout cela se négocie entre des monopoles aux intérêts retors, des compagnies aux liens incestueux, et des fonctionnaires qui couvrent les politiciens craintifs de froisser les empires médiatiques.

Citrons

À ce jeu, nous prenons parfois l'allure de citrons pressés dont on peut encore râper le zeste...

Les saisons de télé raccourcissent sans cesse: trois mois tout au plus! Je suis tombée sur un vieux «Format 60» des années 70: le 22 juin, Pierre Nadeau s'excusait d'interrompre l'émission jusqu'en septembre. Les reprises sévissaient l'été. Aujourd'hui, elles nous inondent ad nauseam sur les télés spécialisées, malgré les facilités d'enregistrement et les redevances systématiques qu'elles empochent. Les chaînes se multiplient, mais ce que présentent les nouveaux canaux pourrait être diffusé ailleurs au lieu de sempiternelles reprises.

Je paie plus, mais je n'ai rien de plus. Les généralistes, elles, pataugent dans l'info-pub.

Les changements technologiques (satellite, télé HD, informatique, internet) ont forcé des investissements majeurs, amortis sans vergogne en appauvrissant les programmations.

Le coût des communications a pourtant explosé depuis 20 ans dans nos budgets domestiques. Le téléphone, le câble ou le satellite, l'internet, le cellulaire d'une famille branchée coûtent presque 200$ par mois... Dix heures de travail au salaire moyen, avant impôt! Cela en vaut-il le coût?

 

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