Mais pour le reste? Nommez-moi une loi adoptée qui nous a fait progresser collectivement. J'ai eu un brin d'espoir, au début, quand il a décrété les élections à date fixe. Au lieu de tenter une vaste réforme qui serait morte au feuilleton, il a choisi ce qui faisait l'unanimité.
Finie, la manipulation de calendrier! Erreur... Il a contourné sa propre loi en déclenchant des élections à sa guise, avec tant d'arrogance que les citoyens l'ont réélu minoritaire. Comme un détenu dont on prolonge la liberté conditionnelle.
De mauvais poil devant cette rebuffade, Harper est passé maître dans l'art du piétinement. Par exemple: la prorogation de la session. Tous les travaux parlementaires sont non seulement suspendus pour trois mois, sous de faux prétextes (les Jeux olympiques ne durent que 15 jours), mais mis à la poubelle. On efface tout, et on recommence, y compris les amendements au Code criminel contre les crapules cravatées. Le contribuable paie 301 députés à 160 000$ par an, plus tous leurs outils, adjoints et fonctionnaires, pour jeter aux orties des mois de travail avant que cela porte fruit!
Reliquat
La prorogation est un reliquat de la monarchie britannique qui a mis en place un Parlement, modifié à mesure des pressions populaires. Cela lui a évité la décapitation à certaines époques. Mais elle s'était gardé quelques contrôles. Si le Parlement prenait une tournure déplaisante pour la monarchie, le roi pouvait proroger, annuler tous les travaux déjà faits.
Cette mesure sert depuis aux politiciens rusés et cyniques à gagner (ou perdre) du temps, à durer sans bouger. Pour justifier son premier ministre, Jean-Pierre Blackburn affirmait que le Parlement ne siégerait pas moins, malgré cette prorogation, que sous les libéraux. Mais les libéraux ont été battus, et les conservateurs devaient faire mieux!
Autre truc garantissant le surplace: le remaniement ministériel. Aussi bien au provincial qu'au fédéral, il remet aussi le compteur à zéro, et permet au nouveau ministre de lancer: «Je viens d'arriver, laissez-moi du temps». Les dossiers en attente moisissent.
Jean Pierre Blackburn vient d'être rétrogradé du Revenu aux Anciens Combattants. Alors que des soldats mutilés, traumatisés, reviennent d'Afghanistan, ce ministre québécois devra défendre la guerre dans la province qui lui est la plus hostile, ou mettre le couvercle sur les récriminations de ces nouveaux «anciens combattants».
Sermon
Un autre Québécois, Christian Paradis, devra convaincre le Québec que ses efforts écologiques peuvent être dilapidés par l'exploitation des sables bitumineux en Alberta. Pour Harper, les ministres québécois servent à sermonner le peuple, au lieu de l'écouter. Et on dira le public cynique!
Bien sûr, Harper a au moins baissé la TPS. Mais pas les dépenses du gouvernement, ce monstre tentaculaire toujours sidérant d'automatismes dépensiers. Par exemple: les tracts insipides que les députés envoient, ou la lettre expédiée à chaque pensionné pour les aviser d'une hausse de 8¢ par mois de leur pension, hausse qu'on pourrait doubler si on n'envoyait pas la missive. Détails, mais symptomatiques d'un état gras sur le pilote automatique!
Les innombrables commissariats, commissions, conseils, sociétés de la Couronne, tous utiles, sont-ils absolument nécessaires?
Chacun de leur conseil d'administration est garni d'amis du pouvoir qui jouissent de gloriole et d'allocations. Comme le Sénat, que Harper promettait d'abolir et qu'il remplit plutôt de mascottes dociles. Heureusement pour lui, après quatre ans de piétinement, Ignatieff n'a pas encore convaincu le citoyen qu'il serait mieux... ou moins pire.









