Dutil inquiète
Même temporaire, l'avènement de Robert Dutil à la direction du ministère de l'Agriculture suscite des craintes, chez nous. Car l'homme a utilisé son dynamisme de politicien et d'homme d'affaires à torpiller le programme des avantages fiscaux adopté au début du deuxième millénaire pour aider originalement les PME de la Vallée de l'aluminium à traverser la douloureuse période d'adaptation à la mutation technologique de la grande industrie.
Diplômé de Laval en éducation physique et en administration des affaires, il fut notamment maire de son Saint-Georges de Beauce natal, titulaire de plusieurs ministères dans les gouvernements dirigés par Robert Bourassa et président de Canam. Il a quitté le Parti libéral pour fonder l'Union du centre, une nouvelle formation politique avec l'objectif ultime de dilapider le système des avantages fiscaux accordés aux régions-ressources que sont le SaguenayLac-Saint-Jean, la Mauricie, la Gaspésie et l'Abitibi.
Le rebelle a réintégré les troupes libérales après les réajustements promis par Jean Charest durant la dernière campagne électorale. Et il est retourné à l'Assemblée nationale, puis au conseil des ministres, après sa mince victoire remportée sur le candidat de l'ADQ le soir du 7 décembre 2008. Les gens de la Vallée de l'aluminium ne lui pardonnent pas d'avoir réduit le programme des avantages fiscaux à l'insignifiance et surtout de les avoir assimilés à des gâtés du système, à des privilégiés alors que les subventions pleuvent surtout sur les régions en croissance et les deux plus grandes villes. Nos PME sont tout aussi furieuses d'avoir servi de boucs émissaires à un Robert Dutil qui cherchait des coupables pour masquer la cruelle réalité que vivent les Beaucerons.
Un dollar trop fort
Le ministre du Revenu, qui hérite temporairement de l'Agriculture, savait fort bien propager une hérésie quand il prétendait que «la politique discriminatoire» conçue pour les régions-ressources «cannibalisait» les 5700 entreprises manufacturières des régions centrales, essentiellement celles de la Capitale nationale, soit l'agglomération métropolitaine de Québec, et celle de Chaudière-Appalaches.
La cause des difficultés qui les rend moins concurrentielles se situe ailleurs. Plus exactement dans la remontée du dollar face à la devise américaine provoquée par l'attrait du pétrole. L'avantage de la Beauce, c'est sa situation géographique dans l'orbite de Québec et surtout à proximité du marché américain qui demeure encore le plus convoité de la planète.
Quand notre dollar ne valait que 65 cents US ou moins, les PME beauceronnes devançaient facilement, sur leur propre terrain, leurs concurrentes américaines. Maintenant qu'il approche de son équivalent d'outre frontière, c'est la catastrophe.
Mais chez nous, STAS, Cycles Devinci, Rémac, Proco, Béton préfabriqué et les autres continuent d'exporter leurs produits et de décrocher des contrats partout dans le monde. Ce sont les PME de la nouvelle réalité économique régie par la mondialisation. Et pourtant, l'État les embarrasse alors qu'il devrait les soutenir et en faire des modèles.










