Le geste du jeune est inacceptable, quel qu'en soit le prétexte. Mais l'école réagit mal. Les suspensions d'usage à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, mais aussi à celle de La Jonquière et bien d'autres, constituent un réflexe de facilité, une abdication, qui passent de mauvais messages.
Un de mes fils a été ainsi suspendu pour un incident bien moins grave entre deux coquelets aux hormones en émulsion. On me le renvoyait sans matériel scolaire, sans travaux à faire. Je l'ai intercepté alors qu'il filait comme une anguille vers son sous-sol ludique et j'ai entrepris avec lui une de ces discussions qu'il déteste. Je l'ai envoyé se ventiler dehors, mais je me sentais un peu dépassée. J'aurais préféré qu'on me l'envoie avec une tonne de boulot académique; qu'on lui démontre que s'il choisit d'être un paria par ses comportements, le travail est encore plus ardu, plus long, et toujours incontournable. J'ai insisté, et obtenu le lendemain du matériel et des devoirs.
Liberté
L'idéal eut été qu'on le garde à la bibliothèque toute la journée, sans récréation, en silence, à copier un dictionnaire ou à voir la matière de ses cours par lui-même, avec un test à la clé; qu'on lui fasse vider les poubelles, nettoyer les toilettes à la brosse à dents, pelleter les marches, qu'on le convoque à l'école le samedi.
La suspension sans travaux signifie que ce n'est pas grave de manquer des cours. Cela dévalorise encore une journée de classe, déjà amochée par le laxisme ambiant qui réduit l'année scolaire à 170-175 jours plutôt que les 180 réglementaires. Faites le calcul: les demi-journées d'examens qui comptent comme des jours complets, les journées plein air, la rentrée mollo, la photo, les films en classe, les après-midi privilèges. Le milieu de l'éducation s'offusque à raison que les tournois de hockey grugent maintenant avec désinvolture le calendrier scolaire. Mais cela découle de sa propre turpitude.
Un étudiant suspendu se sent en vacances, en congé. Il peut dormir le matin et aller fanfaronner avec ses copains le midi. En rétorsion pour ses conneries, on lui donne de la liberté, alors qu'il faudrait lui en ôter.
Les travaux domestiques lui montreraient que lorsqu'on n'étudie pas, on ne peut que gagner sa vie durement. Le travail en bibliothèque le convaincrait que quoi qu'il fasse, le boulot scolaire reste crucial et inévitable. La privation de récréation, l'isolement, illustreraient que ceux qui ne suivent pas les règles sont exclus.
Des efforts
Mais cela demande efforts et imagination: un surveillant qui l'escorte, des profs qui l'alimentent en travail, un directeur qui supervise, corrige, et s'assure qu'il comprend. Mais aussi des parents qui appuient indéfectiblement l'école. Ce serait plus facile si on ne catapultait pas leur petit délinquant à brûle-pourpoint à la maison.
Beaucoup de jeunes qui se battent, trafiquent, harcèlent, sont des cancres, des jeunes qui apprennent difficilement et tentent d'établir leur notoriété sur un pouvoir physique ou psychologique. Ou des «rejets» qui veulent tant être reconnus et appréciés par une bande d'amis, qu'ils sont prêts à les impressionner de la mauvaise manière. Pour ces jeunes, trois ou cinq jours de classe ratés creusent l'écart scolaire avec les autres, et accélèrent la spirale du décrochage. C'est encore plus risqué pour ceux qui viennent de milieux économiquement, affectivement ou intellectuellement démunis. On les enfonce dans leur pauvreté au lieu de les en extirper.
Pour changer ce réflexe disciplinaire facile qui obtient l'effet inverse à l'effet recherché, il faut secouer les conseils d'établissement. Combien de parents et d'enseignants en ont l'audace et les capacités?









