Les fonds de retraite ont été conçus à l'époque pour permettre à un travailleur de se retirer quand cela devenait trop dur, et de passer les 10 années qui lui restaient à vivre (en moyenne) sans misère. Mais l'espérance de vie s'est allongée, et les retraités seront bientôt plus nombreux que ceux qui travaillent.
Les petites entreprises ont troqué les régimes de retraite contre des REER; chaque employé consommera ce qu'il a économisé et sauvé des griffes des financiers. Dans les grands organismes publics ou privés, un retraité est assuré d'un revenu fixe après 25, 30 ans de service.
J'en connais, vous en connaissez, des gens qui avaient droit à 70% de leur salaire en prenant leur retraite à 50, 55 ans, et qui pointaient tous les jours pour le tiers de leur salaire; une infirmière, un policier, un directeur, écoeurés des horaires et du stress.
Luxe
Ils laissent leur job, encaissent leur pension, se reposent un peu, puis embraient au privé, plus libres, avec dans une poche leur retraite, et dans l'autre, un salaire. C'est même le cas de plusieurs députés. Mais ce sont les générations suivantes qui font les frais de ce luxe!
Ceux qui sont au bord de la retraite tonnent que ça leur appartient. Vrai et faux à la fois. Faux, parce qu'à l'âge où ils se retirent et avec l'espérance de vie actuelle, ils coûteront plus cher à leur fonds de retraite que ce qu'ils ont contribué, intérêts inclus. Les jeunes qui les ont remplacés (si on les a remplacés) devront donc combler le manque, tout en contribuant pour eux-mêmes. Vrai, parce que ce sont les conditions qu'ils ont négociées et qu'on leur a fait miroiter.
Le gouvernement veut priver ses fonctionnaires de leurs congés accumulés, et repousser la date de leur retraite. Cela provoque une ruée vers la sortie avant la fin de la convention collective, alors qu'au public comme au privé, on manque d'employés compétents.
Par maladresse ou machiavélisme, le gouvernement Charest applique la même recette cynique que Lucien Bouchard: pousser vers la porte,les employés dont on a besoin. Mais pour maintenir les services, il mandatera des sous-contractants, avec tous les risques de magouille que cela implique! Il procède à une liquidation de la fonction publique, plutôt qu'à un assainissement.
Risque
Dans le milieu hospitalier, on risque ainsi de perdre des infirmières expérimentées, qui ne veulent pas être réquisitionnées pour 10 ou 15 ans de plus, et préfèrent filer prématurément au privé.
Cet exode mènera à une pénurie, que le gouvernement contrera en centralisant les services... et cela ne favorise jamais une région comme la nôtre!
Il faut changer des règles, mais pour tous, y compris ceux qui sont déjà retraités. D'abord, en interdisant le «double dipping», comme on dit en anglais, le double revenu. Qu'un retraité puisse compléter ses gains jusqu'à concurrence de son ancien salaire indexé, mais que tout revenu supplémentaire soit retranché de ses prestations de retraite. Les baby boomers assis sur leurs droits hurleront. Mais beaucoup réalisent que leur confort spolie leurs héritiers.
Autre mesure qui motiverait au lieu de démobiliser: permettre qu'après 20 ou 30 ans de service, le travailleur ait droit à une année sabbatique sur son fonds de pension, pour faire le long voyage dont il rêve tant que sa santé lui permet, construire son chalet, recharger ses batteries. Comme un nageur de fond qui prend sa respiration pour mieux continuer.
Cela nécessite de l'ouverture des syndicats et du gouvernement, lancés, hélas! dans le stérile affrontement perpétuel, plutôt que dans la quête sincère de solutions neuves.










