Dans les familles éclatées, l'un des ex n'a souvent ses enfants qu'une fin de semaine sur deux, déjà trop courte. Le hockey, le soccer, le patinage, les cours de natation; toutes ces activités se concentrent le samedi. Tout quidam qui réfléchit cinq minutes conclut que ce changement n'a pas de sens!
La France a aboli, en 2007, l'école du samedi matin, réservé, au besoin, aux jours pédagogiques. Alors, cette ministre est-elle complètement déconnectée ou ce règlement cache-t-il un objectif inavouable?
Son attachée de presse confirmait jeudi que cela permettrait à une école d'organiser une sortie sportive le samedi. J'envoie mes fils à l'école 25 maigres heures par semaine pour leur inculquer connaissances, culture, discipline et organisation du travail, pas pour des loisirs ludiques!
Vendredi, la ministre rectifiait le tir: cela ne vise que la formation professionnelle, pas le primaire ou le secondaire. Alors, pourquoi sa porte-parole dit-elle l'inverse?
Le beigne
C'est une technique courante en politique: on lance une info, pour tâter le pouls. On envoie au front un émissaire kamikaze, puis le ministre calme le jeu en prétendant avoir été mal compris. Un organisateur politique appelle ça la «théorie du beigne»: le politicien est le trou; son entourage, la pâte qui absorbe les coups. On peut ainsi toujours blâmer le beigne... et le remplacer.
Mais surtout, pourquoi le règlement inclut-il le primaire et le secondaire, si ces niveaux ne sont pas visés? Si cela ne touche que la formation professionnelle, que ne l'écrit-elle pas limpidement? «Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement», disait Boileau.
Il faut, hélas, se méfier des politiciens, de leur agenda caché, des objectifs clandestins derrière les intentions officielles.
Le PQ pense que ce changement constitue en fait un accommodement raisonnable inavouable. Même si les écoles religieuses ne devraient plus être subventionnées, plusieurs, à Montréal surtout, continuent. L'école du weekend faciliterait les congés religieux sur semaine repris la fin de semaine, et l'inclusion des enseignements religieux dans le cursus scolaire!
D'autres soupçons: la ministre veut-elle économiser du salaire de profs ces jours-là ou encore nourrir le marché du travail, en pénurie d'employés? Si le calendrier scolaire se condense, les employeurs ont leur main-d'oeuvre plus longtemps. Si la formation professionnelle se donne la fin de semaine, on peut faire bosser les étudiants la semaine. Des enfants qui vont à l'école le samedi, ce sont des parents disponibles au travail...
Trop d'impacts
Car tout en leur faisant la morale sur la nécessité de s'occuper de leurs jeunes, l'État favorise, peut-être inconsciemment, l'éloignement des parents. D'abord avec les maternelles précoces et les garderies qui préconisent le temps plein; ensuite, avec des programmes scolaires au jargon ésotérique, maintenant avec un horaire éclaté...
La ministre propose aussi de compter l'année scolaire en heures plutôt qu'en jours. Déjà laxiste dans le décompte des jours, elle n'aura pas l'armada nécessaire à compter les heures!
Tout en prétendant consolider l'année scolaire, ne propose-t-elle pas en fait d'encore la raccourcir? Les voyages de fin d'année ou sportifs compteraient dans le calendrier... Qu'en serait-il des jours pédagogiques, des finances, des jeunes profs rebutés par leur statut précaire, du transport scolaire?
Cela grouille d'anguilles sous la roche. Le calendrier scolaire a trop d'impacts sur le bonheur et l'avenir pour le traiter ainsi, par-dessous la jambe, dans un règlement nébuleux, sans vrai débat public.










