Le montage financier de cette petite salle de spectacles était dès le départ inquiétant: payée et gérée par le Théâtre qui est un OSBL subventionné, logée dans un immeuble appartenant privément au directeur de ce théâtre, dont la compagnie privée loge dans ce même édifice. Tous les ingrédients étaient là pour un beau conflit d'intérêts.
Me Fasfalis, alors président du Théâtre, dont la firme d'avocats figurerait maintenant parmi les créanciers, prétendait alors que l'organisme ne risquait rien, 40 000$ tout au plus.
Les commerçants de la rue Racine se réjouirent éphémèrement: enfin une salle qui leur attirerait de la clientèle! Mais voilà que cela devient un resto qui leur fait concurrence; un bar, malgré un moratoire dans le secteur; une terrasse qui bénéficie de dérogations de la ville. Au lieu de l'allié attendu, c'est un rival qui débarque!
Le financement
Même menés par des gens intègres, les FIER (Fonds d'intervention économique régional) sont d'étranges créatures: des privés distribuent l'argent public à des projets dans lesquels ils ont des intérêts privés. Si cela marche, on les accuse d'avoir géré les fonds publics à leur profit. Si cela flanche, ils mettent en péril leur propre solidité. «Damned if you do, damned if you don't», disent les Anglais!
Le FIER a financé l'Opéra, qui bénéficie donc doublement d'argent public. Un des administrateurs du FIER achète l'immeuble en cours de route. Mais l'Opéra ne fait pas ses frais, le resto ne marche pas, le loyer est impayé. Le propriétaire de l'immeuble a intérêt à stopper l'hémorragie, mais comme membre du FIER, il tolère un ultime effort...
Le directeur du Théâtre, dont la compagnie privée loge dans l'immeuble, différenciait-il bien ses rôles quand il mangeait ou négociait avec des partenaires dans «son» resto?
Comment les administrateurs n'ont-ils pas vu se creuser un gouffre d'un million de dollars? Et question marginale, mais qui turlupine néanmoins: quand la ville a-t-elle su que le bateau coulait? Elle avait des antennes au conseil d'administration, mais nul n'avait intérêt à sonner l'alarme avant l'élection...
Bref, ce dossier de l'Opéra était miné dès le départ, truffé d'apparents et potentiels conflits d'intérêts.
Que faire?
Le maire a raison quand il refuse d'aller à la rescousse d'un organisme imprudent. Mais la ville a bien rescapé le Palace et le Théâtre du Palais municipal qui ont aussi pris des paris risqués...
La formule coopérative du Théâtre du Saguenay donne du pouvoir à des amateurs de culture, souvent hostiles au maire, comme à la Pulperie il y a quelques années. La faillite débarrasse le paysage de cette assemblée générale rebelle et pave la voie à l'hôtel de ville, pour chapeauter et synchroniser tous les canards boiteux... et peut-être limiter leurs pertes.
Il va falloir réfléchir sérieusement aux arts et culture, l'item du budget municipal qui a le plus explosé cette année. Malheureusement, pendant que Chicoutimi, enorgueillie de son statut de ville-centre rêvait, ses voisines ont bâti: une salle intime au Mont Jacob, une autre conviviale à Arvida, une plus grande pour les shows d'envergure à La Baie, suffisamment bonne pour que l'orchestre symphonique y reçoive le chef Kent Nagano.
Si on construit une nouvelle salle à Chicoutimi, faudra-t-il rendre aux sportifs leur aréna devenu théâtre à La Baie? Ce dernier, revu et amélioré pour quelques millions de dollars, ne pourrait-il pas devenir LA salle régionale? Le maire, aux prises avec un budget ardu à boucler, n'est pas pressé d'investir.
Chicoutimi-la-fière se retrouve le bec à l'eau, son public humilié de faire systématiquement dix kilomètres pour voir un spectacle... L'expérience des prochains mois nous enseignera-t-elle la résignation? Après tout, combien de fois par année allez-vous au spectacle?









