Maurice Ouellet, qui a ainsi personnalisé la Saint-Vincent-de-Paul régionale durant un demi-siècle, vient de s'éteindre à l'âge de 96 ans. Parmi ses nombreuses initiatives, notons l'établissement, en 1965, d'un secrétariat permanent. C'est un demi-million de dollars que Maurice Ouellet et ses disciples d'hier et d'aujourd'hui ont recueillis annuellement sous le flambeau de la charité chrétienne.
15 000 nécessiteux
Avec ce montant, le mouvement vient au secours de 6300 familles du Saguenay-Lac-Saint-Jean comprenant pas moins de 15 000 nécessiteux, frappées par des soubresauts économiques que l'État ne peut corriger. Une aide de dernier recours qui s'est avérée exceptionnellement précieuse au cours de ces dernières années contaminées par la récession. Au Lac-Saint-Jean surtout, où le séisme financier a été aggravé par la crise forestière.
Fidèle à la tradition, la Saint-Vincent-de-Paul collabore avec l'Église représentée chez nous par la Fondation Mgr Léonce Bouchard tout en conservant son autonomie. L'organisation répand ses bienfaits partout où le catholicisme se manifeste au-delà des accommodements raisonnables. Elle a été fondée à Paris en 1833 par un groupe de sept jeunes universitaires animé par Frédéric Ozanam, que Jean-Paul II a élevé à la béatification en 1997.
Cap Trinité
Personnage plutôt tranquille, Maurice Ouellet étonnait par l'ardeur de son activité bénéfique auprès de la communauté régionale. Il fut notamment un précieux bénévole de la Société historique du Saguenay, propriétaire de la statue de la Vierge que des millions de croisiéristes ont saluée, le regard embué d'émotion, depuis son installation, en septembre 1881, sur le premier palier du cap Trinité.
Avec son frère Pierre, Maurice Ouellet gravissait la falaise pour effectuer des travaux d'entretien. Car, délaissée par les pouvoirs publics, dont la ville de Saguenay, la Société doit encore faire appel au bénévolat pour sauver ce monument dont le voyageur de commerce Charles-Napoléon Robitaille avait confié la réalisation au sculpteur Louis Jobin après avoir miraculeusement survécu à une chute dans les eaux polaires du Saguenay. On passait à l'époque d'une rive à l'autre, durant l'hiver, en glissant sur la couche de glace que les grands froids formaient sur la rivière à demi endormie.
Poste à rétablir
Notre mémorable disparu laissera aussi le souvenir d'un sympathique original. Durant 40 ans, il avait pris l'habitude de planter un drapeau sur les glaces du Saguenay pour observer les fantaisies du vent. L'emblème disparaissait avec les colombes du printemps.
J'ai fait la connaissance de Maurice Ouellet aux premières années de ma pratique de journaliste. Délégué permanent de la Commission municipale de Québec, il procédait, avec une application d'orfèvre, à la vérification des finances municipales et scolaires. Pour prévenir les égarements de mauvais gestionnaires, le gouvernement avait désigné ainsi un surveillant dans chaque région. Les villes subissaient une tutelle que plusieurs maires appréciaient. Leur liberté demeurait entière, mais ils pouvaient, à la faveur de ce système, imputer à Québec le refus de demandes déraisonnables... La fonction a disparu avec l'entrée à la retraite de Maurice Ouellet en 1975.
L'État devrait la rétablir, car aujourd'hui, l'irresponsabilité de certains élus prend la forme d'un véritable cancer.










