Un autre demi-million de dollars pour la rénovation de l'Auditorium Dufour; par résolution (unanime, pas étonnant), le conseil de ville assume tous les frais liés à ce projet. Cette dette appartient donc à la ville. Un joli montant qu'elle économisera avec le dépôt de bilan du Théâtre du Saguenay, et qu'elle pourra redonner au nouvel organisme qu'elle contrôle, Diffusion Saguenay.
Reste 141 000$ de vrai déficit: 10% du budget d'opération. Quelle compagnie fait faillite pour si peu? On corrige, on assainit, au pire on trouve un arrangement avec les créanciers. André Salesse, le fiscaliste qui rêve d'une grande salle de spectacles à Chicoutimi, arrive au même calcul. Pourtant les deux hommes sont en froid, et ne se parlent pas, l'un ayant torpillé le projet de l'autre.
Chiffres gonflés
On aurait donc gonflé les chiffres de la faillite pour la justifier. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. L'ultime président du Théâtre du Saguenay a admis avoir été recruté par le maire et préside maintenant l'organisme qui a remplacé le diffuseur, euthanasié par ses bons soins. Troublant.
Hakim et Salesse concluent qu'il y a eu machination pour tuer la coopérative qui échappait au contrôle politique de l'hôtel de ville. Et Hakim ajoute qu'on l'a diabolisé pour discréditer plus encore l'organisme. On a sous-entendu qu'il manquait de l'argent, fait une plainte à la police, et congédié le directeur en faisant croire à une démission qui passait pour un aveu...
Je peux me tromper, mais je vois Hakim comme un rêveur, un créateur au gros égo, «un booker de show» audacieux, un mégalo sympa, qui a réussi à hisser son Festival des rythmes du monde dans la clique fermée des événements majeurs du Québec.
Présomption
Méritait-il d'être chassé comme un malpropre, sans répondre aux questions du conseil d'administration, se défendre, ni présenter le plan de relance qu'on lui avait commandé? Certes pas. Aurait-on pu et dû lui interdire de toucher à l'argent s'il y avait soupçon? Sans aucun doute. S'est-il parfois comporté comme un éléphant dans un magasin de porcelaine sur la rue Racine? A-t-il froissé du monde, dont les gens du Théâtre du Palais municipal à qui il reprochait de ne pas tirer des grands spectacles Gillett la part juste pour la région? Certainement.
A-t-il fait des erreurs? Oui: son entêtement à sauver l'Opéra a englouti beaucoup d'argent public et privé. S'est-il fait des ennemis? Est-il dur en affaires, âpre à l'argent? C'est sûr.
A-t-il triché avec le fric, mêlé les comptes à son profit ou été brouillon? On n'en sait rien. Mais il y avait un risque évident de conflits d'intérêts quand il dirigeait le Théâtre du Saguenay, plus l'Opéra, les Productions Hakim, les Rythmes du monde dans un immeuble lui appartenant. Les administrateurs auraient dû clarifier ça.
Impression pour impression, Hakim n'a pas le comportement fuyant typique des fraudeurs qui se baladent avec une petite valise mystérieuse qu'ils n'ouvrent jamais, et reportent toujours à plus tard les vraies explications.
Il a parlé, sans avocat, en direct aux médias, dont Le Quotidien, indépendamment des enquêtes, des poursuites éventuelles, de la terrible vulnérabilité de son précieux festival.
Un homme est présumé innocent, même formellement accusé. À fortiori quand il ne l'est pas, et que les apparences font de lui l'agneau sacrificiel idéal.
Évitons le lynchage par rumeur, la jalousie morbide et revancharde, et attendons les preuves.









