Jean Tremblay, avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche, vient de se trouver un allié imprévu dans la croisade qu'il mène pour la préservation de la présence religieuse à l'hôtel de ville de Saguenay!
Mardi, devant plus de deux millions de compatriotes recueillis devant le Capitole, Barack Obama a prêté serment à titre de 44e président des États-Unis d'Amérique. Dans les minutes précédant cette cérémonie lourde de sens, un pasteur baptiste, en récitant une longue prière de son cru, a fait appel à la présence divine pour assister et protéger le premier Noir, ainsi que sa femme et ses deux enfants, à occuper la Maison-Blanche.
Spiritualité
Cette exhortation émouvante a été suivie par la récitation du Notre-Père. Parmi la foule silencieuse, certains laissaient couler des larmes. Tous avaient la main sur le coeur en signe de dévotion au pays et à leur foi.
Une scène surréaliste, dites-vous, typiquement «étasunienne», donc nécessairement teintée d'hypocrisie? Non, plus simplement une grande leçon de foi ou, au choix, de spiritualité à laquelle les Québécois, ces nouveaux propagandistes de la laïcité tous azimuts dans l'espace et le discours publics, ne devraient pas demeurer insensibles ou, pire, indifférents.
Les Pères fondateurs de la nation américaine ont eu la sagesse de ne pas mélanger les affaires de Dieu avec celles de leur société à ses premiers balbutiements. Cette nécessaire distanciation entre les bienfaits qu'ils attendaient du Ciel et la réalité terrestre n'a jamais été source de profondes divisions chez leurs descendants. Car, aux États-Unis, les démonstrations de foi s'intègrent à la culture et à la tradition. En étant une affirmation de soi, elles vont bien au-delà du simple office religieux. Personne (enfin, si peu!) ne s'en formalise au point d'appeler les tribunaux à la rescousse, même quand ces prières et ces sermons ont pour cadre l'espace public. L'État et l'Église respectent scrupuleusement leur champ de compétence respectif tout en s'accommodant l'un de l'autre.
Modes passagères
Il y a une grande leçon à tirer de ce dont nous venons tous d'être témoins à Washington, mardi. La pratique religieuse et son cérémonial, en effet, ne relèvent pas uniquement de la foi, c'est aussi une façon d'affirmer sa culture et sa différence face à d'autres sociétés ou, de manière plus modeste, à des modes par définition passagères.
Les Québécois sont en amour avec Barack Obama. Est-ce qu'ils lui pardonneront d'avoir succombé à la tentation de la méga prière publique? Est-ce qu'ils lui retireront leur confiance, en prétextant que celui en qui ils ne sont pas loin de voir un messie traficote un peu trop à leur goût avec le Ciel ou ce qui, dans son esprit, en tient lieu?
Question plus terre-à-terre: si Dieu, non seulement au nom de la foi mais aussi de la culture et de la tradition, peut se manifester sur les marches du Capitole et ce, devant le monde entier, est-ce possible qu'il en soit également ainsi, par exemple, à l'hôtel de ville de Saguenay et partout où des gens estiment que cette présence puisse se révéler simplement réconfortante?
Bref, Dieu dans l'éventualité où son existence viendrait à être confirmée par l'Apocalypse ne doit-il protéger et éclairer que l'Amérique?











