Crise de nerfs

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Carol Néron
Le Quotidien

La récession mondiale continue de se gaver de l'inquiétude et de la perte de confiance des investisseurs. Les méga plans de relance concoctés à leur intention par les gouvernements, pris de court par l'ampleur du désastre, ne parviennent toujours pas à calmer les esprits. Ce climat de méfiance généralisée donne lieu à des mouvements de colère chez les travailleurs ayant encore la chance de s'accrocher à un emploi lucratif. La crainte, réelle, de se retrouver au chômage fait ressortir le vieux démon de la confrontation aveugle.

Influencés par le vent de panique planétaire en train de déferler sur l'économie, les employés du réseau hydroélectrique de Rio Tinto Alcan (RTA) au SaguenayLac-Saint-Jean veulent en découdre avec leur patron invisible. Le président du syndicat, Pierre Simard, se dit même prêt à réserver un enterrement de première classe à l'entente de stabilité opérationnelle conclue en décembre 2006. Le syndicaliste craint que la direction londonienne de la multinationale profite de la situation actuelle pour vendre d'éventuels surplus d'électricité découlant d'une baisse de production.

 

Ce refrain ne date pas d'hier. Depuis que RTA a décidé de freiner son programme d'investissement dans la région, en attendant une reprise du marché de l'aluminium, il est entonné presque quotidiennement par les porte-parole syndicaux, les membres de la classe politique et le milieu des affaires.

Le passé est le passé

Jeter de l'huile sur le feu pour continuer d'alimenter le brasier de l'incertitude ne servira à rien, sinon à compliquer davantage une situation sur le point de se transformer en un véritable cataclysme économique.

Pour justifier ses propos, Pierre Simard dit notamment regretter la belle époque où Alcan menait seule sa barque. L'arrivée de Rio Tinto a considérablement gâché la sauce, laisse-t-il entendre. Bon... Se lamenter sur ce qui était ne changera rien à ce qui est maintenant. Comme on dit souvent, «faut faire avec, point final».

La crise est universelle. Elle n'épargne personne. Les consommateurs et les syndiqués ne sont pas à l'abri, pas plus que les détenteurs de REER qui devront se résigner à prendre leur retraite Dieu sait quand. Les grandes corporations privées boivent la tasse, comme les Régies publiques ou les sociétés d'État. Chez nous, même la Caisse de dépôt et placement, notre «bas de laine» ainsi que nous nous plaisons à la décrire de façon exagérément folklorique, a plongé et continue de plonger dans cette mer déchaînée et rouge de toutes les pertes financières colossales qui s'accumulent depuis les 18 derniers mois.

Partenaires

Le débat qui continue d'animer la gestion de la ressource hydroélectrique au SaguenayLac-Saint-Jean ne mourra pas avec la fin de la crise, quelle que soit sa durée. Cette question continuera de faire la manchette encore pendant de nombreuses années après le retour à la normale, ou ce qui, à ce moment, sera considéré comme tel. Il en a d'ailleurs toujours été ainsi depuis la nationalisation de l'électricité par un certain René Lévesque.

Pour l'instant, la sagesse la plus élémentaire nous conseille plutôt de garder la tête froide pour éviter la crise de nerfs dévastatrice. Ce n'est pas quand la tempête fait rage qu'il faut encourager l'équipage à se mutiner.

 

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