Le prix de l'indifférence

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Carol Néron
Le Quotidien

Certains silences particulièrement lourds et prolongés traduisent un vif sentiment d'impuissance coupable. Le mutisme dans lequel se terre le responsable du Développement des régions québécoises au sein du Cabinet de Stephen Harper fait partie de cette catégorie. Dans le cas présent, la faute paraît d'autant plus grave que Denis Lebel représente, à la Chambre des communes, une circonscription qui, depuis 2007, voit son économie réduite presque à néant par la crise forestière. À titre d'ex-maire de la ville du même nom, il est également bien placé pour comprendre la situation tragique dans laquelle se retrouvent les travailleurs forestiers de tout le SaguenayLac-Saint-Jean.

Le ministre conservateur semble avoir opté pour la stricte ligne de parti au détriment de la sauvegarde des intérêts économiques vitaux de sa région. Un choix qui, au plan politique, peut être aisément qualifié de suicidaire.

 

En effet, minoritaires pour une deuxième fois de suite, les conservateurs sont en sursis permanent. Le chef libéral, Michael Ignatieff, leur permet de vivoter seulement à la condition qu'ils montrent patte blanche aux trois mois. Ce n'est donc qu'une question de temps avant que ce gouvernement soit renversé.

Doute unanime!

Lorsque le moment viendra de rendre des comptes, Denis Lebel arrivera sans doute mal à convaincre son électorat de lui renouveler sa confiance. Et ce, même si, par miracle d'ici là, la conjoncture économique devait revenir à un semblant de normalité.

Il y a tout lieu de croire que la crise économique perdurera encore pendant les douze ou dix-huit prochains mois. Celle de la forêt semble bien partie quant à elle pour s'éterniser. Le ministre peut donc songer dès à présent à faire son deuil de sa réélection! Son seul espoir de survie réside, peut-être, dans sa capacité à faire comprendre à son chef que celui-ci a vraiment intérêt à se montrer plus compréhensif s'il compte reconquérir un tant soit peu le coeur des Québécois. En particulier, celui des Bleuets... Mais le temps presse!

Quand Stephen Harper affirme, du bout des lèvres, que son gouvernement ne peut venir en aide à l'industrie forestière québécoise, afin de ne pas compromettre la fragile entente sur le bois d'oeuvre avec les Américains, personne ne le croit.

Le porte-parole de l'industrie forestière québécoise, Guy Chevrette, met sérieusement en doute la position du premier ministre. Même réaction du côté du président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux. Le maire de Saint-Fulgence, Gilbert Simard, partage une opinion similaire comme tous ses collègues du SaguenayLac-Saint-Jean. Un sentiment qui s'étend à l'ensemble du Québec. Ça commence à faire du monde.

Vengeance et ressentiment

Ottawa verse près de 3 milliards$ à l'industrie automobile de l'Ontario, pour lui permettre de sauver les meubles en attendant que les investisseurs reprennent confiance dans l'économie mondiale. Et cet appui financier ne représente qu'un début. Le gouvernement fédéral devra bientôt venir en aide à tous les sous-traitants oeuvrant dans ce créneau qui, pressentant la bonne affaire, trouvent toutes sortes de raisons pour exiger de l'aide sous forme de prêts sans intérêt ou de subventions directes. US Steel, à travers l'une de ses filiales ontariennes, vient d'ailleurs de s'inscrire dans la liste des demandeurs.

Impression tenace

Les conservateurs ont tout simplement décidé d'abandonner à son sort l'industrie forestière québécoise. Il semble y avoir beaucoup de ressentiment dans cette décision.

Le Québec a tourné le dos à Stephen Harper aux dernières élections. Notre industrie forestière et ses dizaines de milliers de travailleurs seraient maintenant en train de payer le gros prix pour ce choix que cela n'aurait rien de surprenant. Fausse impression? Excès de paranoïa politique typiquement québécois? Pour l'instant, les éléments militant en faveur de la vengeance continuent de s'accumuler. En tout cas, c'est l'image que projette le caucus des députés conservateurs francophones dans le drame en train de se jouer au détriment de l'industrie forestière.

 

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