Comme l'a annoncé en exclusivité Le Quotidien dans son édition de mardi, l'affaire est bien mal partie: le Syndicat des employés d'Énergie électrique Québec (SEEEQ) a accueilli la démarche avec une salve de bêtises et l'envie de donner une bonne correction à RTA. Le syndicat sait pertinemment que le sujet de l'hydroélectricité revêt un caractère bien sensible dans la région, compte tenu des avantages consentis à la multinationale par Québec. Un privilège évalué à quelque 600 milions$ annuellement!
Sujet sensible
Le président du syndicat, Pierre Simard, n'a pas manqué de rappeler que les ressources naturelles, dont bénéficie RTA, constituent un privilège immense et envié par la grande industrie. A cela, il faut ajouter que d'autres régions du Québec, notamment la Mauricie, regrette que la nationalisation de l'électricité ait emporté ces privilèges laissés à l'entreprise privée. C'est que la production d'aluminium en Mauricie, jadis florissante, se porte mal avec des usines vieillissantes. La situation du Saguenay-Lac-Saint-Jean fait des envieux.
L'occasion est belle pour le leader syndical de réaffirmer ses principes après avoir vécu un épisode plutôt décevant personnellement. Après avoir décidé de se présenter sous les couleurs du Parti libéral du Québec, aux élections de décembre 2008, plusieurs collègues syndicalistes ont fait les gorges chaudes en lui faisant sentir qu'il n'avait pas choisi le «bon parti». Pourtant, Pierre Simard a un parcours droit et sa sincérité ne peut être mise en doute.
Mais, toutes ces considérations nous éloignent de l'essentiel: les négociations amorcées aux installations électriques. Le cas ressemble, à plusieurs égards, à celui du Complexe Jonquière sur fond de réduction de coût. Une des différences est que cette division n'avait pas beaucoup été touchée. Celle-ci représente un symbole dans la région: celui de nos ressources naturelles exploitées par une multinationale.
Une fois cette affirmation faite, il se passe quoi? C'est de réduction de coût dont il est question, comme il en est souvent question à cette époque où marchés et concurrence se bousculent.
Changement rapide
Si c'est vrai que les avantages sont considérables, il est aussi vrai qu'il existe un surplus d'inventaire de 4,6 millions de tonnes dans le monde, l'équivalent de 18 semaines de la production mondiale ou encore de plus de quatre ans de la production régionale. Il est aussi vrai que RTA n'a pas ralenti sa production depuis le début de la crise. La région a quand même payé son tribut: les grands projets d'investissements, tels AP50 (qui deviendra AP60) et Alma II, ont été retardés. Personne n'avait envisagé ce scénario, en décembre 2006, lors de la grand-messe d'Alcan, tenue un peu avant Noël.
C'est dire que les choses changent et évoluent rapidement en affaires. À ce chapitre, comment accréditer la revendication du député Alexandre Cloutier selon laquelle le gouvernement du Québec aurait dû exiger un plancher d'emploi en échange de l'eau qui passe dans les turbines. Certes, sur papier, la région s'en trouverait gagnante, mais en pratique quelle entreprise, peu importe sa taille, peut garantir qu'elle aura le même nombre d'employés en 2015 que celui qu'elle a en 2010? Il faut travailler sur d'autres choses.
Les pourparlers démarrent sur les chapeaux de roues, c'est vrai, mais il existe un contrat de travail qui donne des garantis d'emploi aux travailleurs des installations électriques. Comme au Complexe Jonquière, ce sont les emplois périphériques à la production hydroélectrique qui sont visés. C'est là que tout se jouera!









