Au cours des dernières semaines, un puissant vent de contestation a soufflé sur l'hôtel de ville pour inciter les élus à faire marche arrière. Situation très rare, de simples citoyens ont acheté de la publicité dans nos pages afin de dénoncer la décision des élus saguenéens. Le Quotidien a reçu aussi une quantité impressionnante de courriels et de lettres d'opinion réclamant une volte-face. Un Chicoutimien a même écrit au ministre de la Santé afin d'exiger un moratoire sur la question. Bref, l'opinion publique de Saguenay s'est mobilisée, comme elle l'a rarement fait dernièrement, afin de renverser une décision de ses élus. Même la récente hausse du compte de taxes municipales n'a pas suscité autant de remous.
Dans ce contexte, le maire Tremblay a pris une sage décision en confirmant la tenue d'une consultation populaire sur la question de la fluoration. Au passage, il a profité de l'occasion pour faire diminuer la pression et renvoyer la balle dans le camp de la direction de la Santé publique, à qui il demande d'intensifier sa campagne d'information sur les bienfaits de la mesure, donc de défendre publiquement ses propres recommandations.
Santé
Il ne faut pas chercher loin les motifs à l'origine de cette levée de boucliers. Depuis quelques années, la santé, en effet, a atteint le statut de nouvelle religion.
L'alimentation équilibrée, la pratique régulière d'exercices physiques et l'adoption de saines habitudes de vie sont devenues les grandes priorités de la population. Avec raison, d'ailleurs!
À cette liste s'ajoutent de plus en plus des enjeux liés à la protection de l'environnement et au respect du concept de développement durable.
Il n'est pas surprenant que les Saguenéens se montrent méfiants à l'idée qu'un composé chimique soit ajouté à leur eau potable. Cette initiative est à contre-courant des tendances actuelles.
La capitale régionale n'est d'ailleurs pas le seul endroit dans la province où élus et citoyens se sont affrontés au sujet de la fluoration. Des débats parfois virulents sur le sujet ont eu lieu à Trois-Rivières, Lévis et Gatineau, de même que dans une foule de plus petites municipalités, où l'eau potable n'est pas ou n'est plus fluorée, selon les cas. La ville de Québec a cessé cette pratique l'an dernier.
Arguments
Les arguments utilisés par les deux camps sont partout les mêmes. D'un côté, des spécialistes affirment, études à l'appui, que la fluoration permet de diminuer les caries, surtout chez les jeunes. De l'autre, des citoyens et des scientifiques rappellent que les règles d'hygiène ont évolué, que les brosses à dents et le dentifrice sont des moyens efficaces et peu coûteux d'assurer la santé buccale. Ils font aussi valoir que la fluoration de l'eau constitue un gaspillage de ressources puisque la majorité de l'eau du réseau public n'est pas ingérée mais plutôt utilisée à des fins domestiques. Enfin, ils disent craindre les conséquences environnementales engendrées par le rejet dans la nature de quantité importante de fluor.
Le fait que des scientifiques remettent de plus en plus en question l'efficacité et l'innocuité de la fluoration à grande échelle ne fait rien pour calmer les inquiétudes de la population. Un doute subsiste dans l'esprit de bien des citoyens, comme dans celui de nombreux chercheurs. Après tout, il arrive que la santé publique tarde à s'ajuster aux nouvelles connaissances scientifiques, une situation qui peut être lourde de conséquences. Il a fallu des décennies avant que les autorités admettent finalement les risques posés par le tabagisme, en dépit de multiples résultats de recherche probants parus auparavant.
En procédant à une consultation populaire, Jean Tremblay joue de prudence et calme la grogne. Il s'assure également de sortir gagnant de l'affaire, peu importe la décision prise par ses citoyens. Sonder le pouls de la population est toujours une excellente option.










