Un monde artificiel

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Catherine Delisle

Pour la première fois au Canada, le nombre d'octogénaires dépasse maintenant le cap du million. Il a augmenté de 25 pour cent. Il. Le nombre de centenaires, lui, a crû de 22 pour cent. Ils sont plus de 4600 à avoir atteint cet âge vénérable.

Avec les techniques modernes, la recherche et le développement, on vivra plus vieux, plus longtemps et on sera dépendants de nos enfants un sacré bon bout de temps... s'ils veulent bien s'occuper de nous.

 

Sommes-nous prêts à vivre cette réalité? Il semble bien que non. Ni mentalement, ni psychologiquement, ni financièrement. Ce n'est pas moi qui le dis. C'est le chercheur et analyste, Pierre Côté, fondateur de l'IRB (l'indice relatif du bonheur).

Le sujet mérite une sérieuse réflexion, car il y a un côté très inquiétant à vivre plus longtemps. Comment l'enfant unique, nouvellement parent, et en début de carrière, pourra-t-il assumer la responsabilité de sa mère et de son père vieillissants?

Autrefois, les familles étaient nombreuses, le réseau familial et social tissé serré. Les grands-parents vivaient près de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Nos valeurs reposaient d'abord et avant tout sur la famille.

Et Michael dans tout cela

Cette réflexion m'incite à parler de Michael Jackson. Aucun rapport, me direz-vous. Si, un peu tout de même.

Quand j'ai vu tout ce déferlement de fans se rendre à Los Angeles pour les obsèques du roi de la pop, je me suis demandé comment on pouvait faire un géant d'un chanteur, certes talentueux, mais au passé trouble ponctué de scandales.

Est-ce possible d'être groupie à ce point? Dans notre monde factice, on met sur un piédestal une star en déchéance.

Aujourd'hui, avec les familles éclatées et reconstituées, les gens arrivent difficilement à trouver du temps de qualité pour s'occuper d'un proche malade et mourant. Visiter ses parents, qui vivent à deux coins de rue, est devenu une véritable corvée.

Pourtant, des millions de personnes n'ont pas hésité à se rendre à Los Angeles pour pleurer cet homme/enfant qui a vécu dans l'imaginaire. C'est le monde à l'envers.

Dérapage médiatique

La mort de l'artiste a été gonflée par l'internet. Imaginez le débordement médiatique si les Marylin Monroe, John F. Kennedy, Martin Luther King et Elvis Presley, avaient été de notre époque. Déjà, qu'ils avaient monopolisé les médias du temps...

Aujourd'hui, on mesure l'intérêt du public avec l'internet. Twitter, Facebook, les blogues, les sites de réseaux sociaux (comme celui des fans de Michael) et TMZ (le premier à avoir annoncé sa mort) ... ont amplifié l'image déjà démesurée des réseaux d'information continue. Comme les cotes d'écoute font foi de tout, les médias ont vite flairé la bonne affaire.

La cérémonie de cet homme excentrique, à la vie débridée, adepte de chirurgie esthétique extrême, un compulsif du magasinage, a été commentée, décortiquée et diffusée partout sur la planète.

Un coup de marketing génial! Subitement, cet «has been» est devenu une icône. Avouons-le. Une image créée de toutes pièces par les médias et les fans exaltés.

Est-ce que son héritage musical justifiait tout ce battage médiatique et méritait qu'on fasse de cet artiste un modèle? Mettons qu'on n'a plus les héros qu'on avait. Pas sûr qu'on y gagne.

Réagissez: cdelisle@lequotidien.com

 

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