Le Soleil - Point de vue

Une ignorance stupéfiante

 

Jean-Luc Gauthier Xavier Mercier Méthé Joanie Migneault
Étudiants en Histoire Québec

La controverse alimentée par la venue à Québec de Sir Paul McCartney, et dans une moindre mesure de Van Halen, est futile. Certains commentateurs ont la fâcheuse tendance à considérer la ville de Québec comme un grand musée de la Nouvelle-France idéalisée et dans laquelle il ne s'est rien passé depuis la bataille des plaines d'Abraham, signe toujours vivant d'un rêve national détruit par les «Anglais». Ces mêmes commentateurs ont également tendance à présenter cette ville comme un gros village homogène et inerte, retiré du monde contemporain.

L'ignorance de ces critiques est stupéfiante; ils échoueraient assurément un examen d'histoire! 1608 est l'année où le roi de France accorde la permission à une compagnie de commerce de fonder une ville-comptoir pour ses affaires. À ce moment, des populations francophones s'enracinaient déjà en Amérique dans le grand mouvement d'expansion amorcé par les nations européennes, notamment en Acadie. 1608 n'est pas l'origine du Québec. En 1608, Champlain n'avait certainement pas en tête la fondation d'un État souverain, et l'identité québécoise se développa plus tard, au milieu du XXe siècle. 1608 est avant tout l'anniversaire de la ville de Québec, n'en déplaise à ceux qui veulent y voir autre chose de moins banal.

Aux dires de certains commentateurs contemporains, l'histoire de Québec semble abruptement se terminer en 1759, sur les plaines d'Abraham. Oublions-nous que cette ville, que l'on semble vouloir ériger en véritable symbole d'un affrontement entre nationalistes québécois et monde anglo-saxon, a été majoritairement anglophone au XIXe siècle? Qu'elle a constitué la principale porte d'entrée de l'immigration canadienne à cette époque? Que le magnifique parc urbain des plaines d'Abraham est d'inspiration anglaise? Que sa préservation est en grande partie attribuable à l'aristocratie britannique qui occupait et mettait cet espace en valeur? Que cette ville a un passé et un présent industriel et ouvrier encore visible? Souhaitons-nous vraiment faire de Québec un gigantesque musée de carton-pâte historicisant où tout ce qui est postérieur à la conquête est gommé, comme on l'a si bien fait depuis une trentaine d'années avec la Place royale et le Vieux-Québec?

L'histoire n'est pas une chose qui existe objectivement, comme un tout tangible qu'on peut raconter du début à la fin, c'est une discipline qui repose sur une méthode scientifique, où l'analyse rigoureuse des sources joue un rôle essentiel. Les critiques impliqués dans «l'affaire McCartney» ne font pas de l'histoire. Ils se servent d'histoires pour attiser des rancunes. C'est faire de la politique avec des arguments démagogiques et alimenter le nationalisme le plus rétrograde.

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