Le débat actuel sur la «fameuse» piste est-ouest ? René-Lévesque ? nous fait perdre de vue l'essentiel. Québec doit se doter d'un véritable réseau de pistes cyclables, tel que présenté dans le plan directeur déposé l'an passé. Il propose d'ajouter 292 kilomètres aux 278 km actuels, pour un total de 570 km.
Celui-ci devait être adopté au printemps, la petite politique en a repoussé l'adoption à l'automne. Dire que la défunte Communauté urbaine de Québec avait commencé ses travaux sur la question en... 1993!
Québec a un beau réseau de vélo de fin de semaine, mais ça suffit. On peut toujours rêver que la promenade Samuel De Champlain soit prolongée jusqu'à la plage Jacques-Cartier, ça n'arrivera jamais. Ce serait trop coûteux et «techniquement impossible». C'est bien beau les promenades, mais il faut maintenant prioriser les déplacements utilitaires.
Le tiers des propositions d'interventions du plan vont dans ce sens avec des corridors, dont quatre pistes vers le centre-ville. Sans nier l'importance symbolique du lien entre l'Université Laval et le Vieux-Québec, les élus devraient, toutefois, prioriser des axes nord-sud, une énorme lacune en ce moment.
Ceux-ci permettraient aux banlieusards de prendre leur vélo pour se rendre travailler au centre-ville. Certains pourraient ainsi envisager de renoncer à la sacro-sainte bagnole à l'heure de pointe ? les véhicules pris dans le trafic sont les plus polluants. Ce qui se traduirait par une diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de la pollution atmosphérique, tout en contribuant à la santé physique de la population.
En fait, pour que ça marche, il ne faut pas s'arrêter en si bon chemin. Il faudra investir. Et ensuite faire preuve d'imagination. Montréal prévoit 105 millions $ sur cinq ans, soit 21 millions $ par an. Au prorata, Québec devrait puiser 32 millions $ sur cinq ans, soit 6,4 millions $ par an. Ces six dernière années, on a consacré la moitié (3,17 millions $/an) au vélo. C'est 0,3 % du budget annuel de la Ville. En passant, Transports Canada estime que la congestion entraîne, uniquement pour la zone urbaine de Québec, entre 37,5 millions $ et 68,4 millions $ de coûts annuels...
Incroyable mais vrai: il y a plus de vélos à Québec (320 000) que d'autos (240 000). Encore faut-il qu'ils sortent du cabanon. En comparaison, le nombre de kilomètres cyclables par habitant est deux fois moins développé à Québec qu'à Victoria, Ottawa ou Calgary. Mais des autoroutes, ça, on en a.
Québec ne sera jamais Amsterdam, où la part de déplacement atteint 40 % (même s'il pleut souvent...), ni Munich (15 %) ou Oslo (10 %). Ici, on affiche un modeste 2 %. Malgré tout, les études le démontrent, ce n'est pas la culture, mais bien les politiques qui incitent les gens à enfourcher leur bécane.
Il faut aussi reconnaître la particularité des cyclistes. La Presse rapportait qu'en Belgique, par exemple, on permet aux cyclistes de rouler dans les deux directions dans les sens uniques, sans qu'il y ait plus d'accidents. Aux États-Unis, certains États permettent aux cyclistes de ralentir aux arrêts puis de repartir si la voie est libre. Aux feux rouges, ils arrêtent, puis continuent si la voie est libre. Tout ça relève du gouvernement provincial, mais rien n'empêche les villes d'agir.
Les employeurs ont aussi des responsabilités pour favoriser la culture du deux-roues. Au minimum prévoir des espaces sécuritaires de stationnement, mais aussi des douches comme on l'a fait au Centre culture et environnement Frédéric-Back.
Si tout le monde met l'épaule à la roue, Québec ajoutera un argument de plus à ses prétentions de ville verte. Ne manque plus qu'un échéancier et un budget. Mais avant, les querelles politiques devront céder le pas à l'intérêt des citoyens.











