Le contrepoint de ce court point de vue pourrait être la chronique de la «Montréalaise» Nathalie Petrowski publiée dans La Presse du 5 juillet, le lendemain du spectacle de lancement de l'édition du 400e du Festival d'été de Québec, où certains de nos grands de la chanson engagée du Québec ont eu chacun la portion congrue d'un spectacle de variétés historiques, où la partie acadienne dépassait en longueur celle consacrée à l'époque de la Nouvelle-France s'étendant pourtant sur plus du tiers de notre histoire quadricentenaire. La chroniqueuse culturelle de La Presse livrait ses impressions à la suite du spectacle d'ouverture du Festival d'été, avatar de la Superfrancofête, qui présentait en 1974 le spectacle mémorable des Leclerc, Vigneault et autres Charlebois, recevait le groupe... américain... Van Halen, tout de rouge vêtu. Les 150 000 personnes présentes illuminaient cette nuit particulière du 400e du rouge scintillant des macarons du festival semblant à ces yeux ébahis, non pas refléter l'âme de Québec, mais plutôt celle des «soldats britanniques prêts à attaquer», 249 ans plus tôt, dans ce même parc des Champs de bataille.
Ce détournement de fête, toutes couleurs réunies sauf le blanc et le bleu québécois, est partout dans les célébrations du 400e. Il est à bons droits dénoncé par plusieurs, dont L'Enfirouapé matou Yves Beauchemin. Et il ne l'est jamais plus évident, et pour longtemps, que dans «l'édifice construit par le gouvernement fédéral à l'anse Brown sur le boulevard Champlain» tel qu'observé par Denis Julien et dénoncé dès le 16 juin dernier : «Cette oeuvre choquante évacue complètement 150 ans d'histoire de la Nouvelle-France. On n'y retrouve absolument rien qui nous rappelle la période de 1608 à 1759. Comme si le 400e de Québec avait commencé avec l'arrivée de Wolfe.»
«En tant que Montréalaise qui a vu le loup, le lion et le renard, nous dit encore Nathalie Petrowski, j'avais beau chercher des signes de Champlain et de sa civilisation française, tout ce que j'entendais, c'était du gros rock américain...». Dans cette même veine, Paul McCartney sera l'invité du 400e. Prononcera-t-il, lui, quelques mots de français? Sans doute, et cela suffira-t-il à jovialiser le tout...? Sans doute aussi. Comme l'ajout in extremis d'un Champlain au spectacle du 3 juillet où l'on a fait se déplacer pour quelques numéros, les Dufresne, Vigneault, Charlebois, Dubois et autres Pagliaro. Le genre ne laissait pas d'autre choix que ce laminage.
Pourquoi n'a-t-on pas pensé à les réunir aussi pour un spectacle consacré à la chanson québécoise actuelle et récente, par exemple, au Festival d'été, présenté le lendemain? Que dis-je, bien sûr qu'on y a pensé, mais comme pour le reste, il fallait à tout prix ne pas risquer d'aviver la flamme nationaliste en donnant de la place à nos grands de la chanson engagée qui soulèvent par trop nos âmes. En somme, comme partout, il s'agit de reléguer à la marge tout ce qui peut donner du contenu, de la substance à cette fête, sans la noyer dans la neutralité des variétés propres aux divertissements de circonstance. Ces artistes ayant fait les belles heures de la québécité historique ne sont convoqué(e)s que pour une chanson, noyé(e)s dans un parcours de 400 ans d'histoire. Il n'est pas question de leur donner par ailleurs, puisqu'on les a sous la main, en ville, une place digne de ce nom pour se déployer dans la contemporanéité du jour.











