E. coli à Charlesbourg

 

Marc Allard
Le Soleil

Les responsables de la qualité de l'eau potable de la Ville ont remarqué mercredi après-midi la présence de coliformes fécaux dans le réseau du secteur compris entre la 42e Rue et le boulevard Jean-Talon, dans l'arrondissement Charlesbourg.

La bactérie E. coli a été identifiée dans un échantillon prélevé dans un point précis et a très peu de chances de se reproduire dans le reste du réseau, indique François Proulx, directeur de la Division des laboratoires.

Mais la Ville préfère ne pas prendre de risques. C'est la première fois en au moins 30 ans que la Ville détecte la présence de E. coli dans l'eau potable d'un de ses réseaux. «C'est un cas très rare, dit M. Proulx. Et on le prend évidemment très au sérieux.»

Depuis mercredi après-midi, la Ville de Québec s'est donc mise en mode d'urgence pour avertir les quelque 38 000 citoyens de ce secteur de Charlesbourg de faire bouillir leur eau au moins une minute avant de la consommer.

Les gens dont le système immunitaire est plus fragile, comme les malades, les enfants et les aînés, ont été contactés en premier. Dès mercredi en fin d'après-midi, les responsables des résidences de personnes âgées, des Centres de la petite enfance, des terrains de jeux, des hôpitaux et des CLSC du secteur ont été contactés.

Avalée dans l'eau, la bactérie E. coli peut entraîner des gastro-entérites accompagnées de selles sanguinolentes et parfois même tuer les plus vulnérables, explique Henri Prud'homme, médecin coordonnateur de la l'équipe santé-environnement à la Direction de la santé publique de la Capitale-Nationale. Les risques de développer une maladie à cause de E. coli sont toutefois plus faibles pour ceux qui n'ont pas de problèmes de santé, précise-t-il.

La Ville ignorait hier avec exactitude ce qui avait causé la présence de coliformes fécaux dans l'eau potable du réseau de Charlesbourg. Mais elle soupçonnait un bris de conduite près d'un chalet de loisir, indique François Proulx.

En attendant, le réseau a subi un traitement choc au chlore hier pour que l'eau soit purgée de tous coliformes fécaux. Les citoyens du secteur devront toutefois continuer à faire bouillir leur eau jusqu'à ce que la Division des laboratoires ait effectué des tests concluants.

La dernière fois que Québec avait demandé aux citoyens de faire bouillir leur eau remonte à mars 2006. Le bris de tuyauterie dans le secteur de Montchâtel, dans l'arrondissement de La Haute-Saint-Charles, n'était cependant pas lié aux coliformes fécaux et à E. coli. L'avis d'ébullition avait été levé deux jours plus tard.

Le spectre de Walkerton?

La présence de la bactérie E. coli dans le réseau d'eau potable de Charlesbourg rappelle le scandale de l'eau contaminée de Walkerton, en Ontario. À la fin des années 90, sept personnes avaient été tuées par la bactérie et des milliers d'autres avaient été incommodées.

Ces victimes avaient tou­tefois été contaminées par une souche particulière de la bactérie. Présente dans l'intestin des vaches, la souche O157:H7 de E. coli sécrète une toxine nocive pour les humains. Une fois ingérée, la bactérie engendre des coliques et la diarrhée. «Et, dans de rares cas, elle peut conduire à une insuffisance rénale, voire à la mort», selon le Conseil national de recherche du Canada.

Il faudra encore plusieurs jours pour déterminer quelle souche de E. coli a été détectée dans le réseau d'eau potable de Charlesbourg. Mais François Proulx estime que la présence de la souche O157:H7 est peu probable dans ce secteur parce qu'on y trouve pas d'élevages.

Les autres souches de E. coli, qu'on retrouve aussi souvent dans les coliformes fécaux, peuvent également causer des problèmes de santé parce qu'elles indiquent que l'eau a été en contact avec une matière fécale. C'est pourquoi dès que sa présence a été détectée dans le réseau d'eau potable du réseau de Charlesbourg, la Ville de Québec a demandé aux citoyens de faire bouillir leur eau.

«À Walkeron, c'était quelque chose de totalement différent, dit M. Proulx. Ils étaient à proximités de terres agricoles, et c'était des puits artésiens. (...) Et surtout, il n'y avait pas eu d'avis d'ébullition.»

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