Lorsque Jean-Paul L'Allier pense à Québec, c'est encore l'image de la ville d'avant les fusions qui lui vient spontanément en tête.
Depuis son retrait de la vie politique, Jean-Paul L'Allier s'est fait discret et n'a jamais voulu commenter l'actualité locale. Comme ses prédécesseurs d'ailleurs. Il ne veut surtout pas être la belle-mère qui regarde par-dessus l'épaule.
Il a accepté de nous rencontrer parce que ce n'est pas 400e tous les jours. Il était impensable de passer à côté de celui qui détient le record de longévité à la mairie de Québec (16 ans) et a contribué de façon déterminante à faire de Québec ce qu'elle est aujourd'hui.
Québec lui doit en outre la relance de Saint-Roch, le réaménagement de la colline parlementaire, l'embellissement général de la ville, la revitalisation de la rivière Saint-Charles, sans parler de la fusion et de l'amélioration de la vie démocratique.
Content du 400e
M. L'Allier se dit «très content» de ce qu'il voit du 400e, lui qui avait lancé la machine, il y a 10 ans. Il s'est extasié devant le Moulin à images de Robert Lepage, était sur la promenade Samuel-De Champlain au matin de l'inauguration, participe aux Fêtes.
Il avait vu les 350 ans de Montréal, un «gros party qui n'a rien laissé». Il a voulu que le 400e laisse des traces, devienne un «accélérateur de gros projets», doublé d'un événement «festif et éducatif».
Il se souvenait que le 300e de Québec avait été un «fleuron de l'empire britannique». Il a voulu que le 400e soit «le temps des Français».
Ce qui n'aura pas empêché les débats que l'on sait sur le sens de la fête, la liste des invités ou le rôle de la gouverneure générale.
Jean-Paul L'Allier aura 70 ans cet été. Il est en forme et heureux. Il a maigri, marche une heure tous les jours et surveille son alimentation «sans devenir fou».
Il lit davantage les médias européens, enseigne à l'université (communications, urbanisme, développement régional et sciences politiques), donne des conférences et va quatre jours par semaine à son cabinet d'avocats, Langlois Krönstrom Desjardins.
Il conseille ses clients sur les façons de «faire atterrir les grands projets» de façon harmonieuse dans la ville.
Toujours actif
Il dit travailler de façon aussi intense qu'à l'époque de la mairie, mais a réduit de moitié le temps qu'il y consacre.
Un Jean-Paul L'Allier plus zen que celui que vous avez connu lors des batailles politiques locales. Sa vision de l'avenir de Québec n'a cependant pas changé. Il passe par la culture et l'université.
«L'université sera au coeur de toutes nos stratégies de développement.» Comme elle l'a été dans la relance de Saint-Roch, explique-t-il.
Recherche, transferts technologiques, démarrage d'entreprises. Il fallait, dit-il, faire de la place aux jeunes dans une ville aux valeurs «conservatrices».
Québec devra maintenant «réussir à apprivoiser l'accueil des étrangers. Cela va se faire par l'emploi, mais beaucoup par l'Université Laval», croit-il.
Il l'imagine le jour où 50 à 60 % des étudiants de Laval seront des étrangers. «Il le faudra, dit-il, sinon la population va décroître.»
M. L'Allier cite son grand-père, qui lui disait que «quand tu n'es pas le plus gros, arrange-toi pour être le plus intelligent».
Notre «petite société doit faire une grande place aux créateurs», pense-t-il aussi. «Cela peut faire la différence entre toi et une vil-le ordinaire.»










